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Bénin: des journalistes parlent de corruption dans la transhumance et au fonds des arts

Donald Kevin Gayet (Stag)
publié le May 18, 2020

Les journalistes Flore Nobimé et Fortuné Sossa ont animé jeudi 14 mai une conférence de presse. Objectif : présenter les résultats de leurs travaux d’investigation sur la transhumance et sur des faits de rétro-commissions au Fonds des arts et de la culture.

flore-nobime Flore Nobimè, journaliste d'investigation

Des faits de corruption dans la transhumance dans la région d’Agonlin et de rétro-commissions aux Fonds des arts et de la culture relevés par des journalistes d’investigation. C’est ce qui ressort des présentations des résultats d’enquêtes des journalistes Flore Nobimè et Fortuné Sossa jeudi 14 mai 2020.

Les travaux d’investigation des deux journalistes ont été réalisés dans le cadre de la 2ème phase du projet « Pour des médias plus professionnels au Bénin ». Financé par Osiwa, ce projet vise à permettre aux professionnels des médias de s’intéresser davantage aux investigations.

La transhumance et la corruption

La journaliste Flore Nobimè a travaillé sur le thème : « Passage des éleveurs nomades dans les champs : La corruption, terreau de la transhumance » dans la région d’Agonlin. Il ressort de sa présentation que la corruption est érigée en maître mot dans les activités pastorales dans cette région du Bénin. Selon la journaliste Nobimè, la transhumance se déroule sur « fond de corruption ». Ses travaux révèlent des pressions des élus locaux sur l’édile de Covè afin d’accueillir des transhumants dans sa commune.

« Il existe aussi des cas de fraude avec des passages de troupeaux qui se font nuitamment moyennant le paiement d’une somme de 50.000 francs par troupeau à Covè », a-t-elle informé. Un autre cas d’actes de corruption a été relevé par la journaliste dans ses résultats. Des témoignages rapportés par un éleveur, un chef de village du département du Zou a exigé à un pasteur de verser « une somme de 60 000 FCFA avant de laisser le troupeau poursuivre son itinéraire ».

Flore Nobimè a également souligné le « silence coupable des victimes » dans son document justifié par le fait qu’elles évoluent dans l’illégalité et préfèrent payer pour échapper à la loi ou par méconnaissance des textes en vigueur. « Au Bénin, de 2016 à 2019, par exemple, les violences liées à la transhumance ont entraîné 54 décès et 52 blessés graves. Par ailleurs, 2447 ha de champs, soit  24 km2, ont été dévastés, 205 bêtes abattues, puis 52 greniers pillés », révèle la journaliste.

Rétro-commissions à la DFAC

fortune-sossa Fortuné Sossa, journaliste d'investigation

Le journaliste Fortuné Sossa s’est, quant à lui, consacré à un sujet intitulé « Fonds arts et de la culture : des soupçons persistant de retro-commission ». Le journaliste, dans le cadre de ses travaux, s'était assigné comme mission de fouiller les dessous des rumeurs de soupçons de rétro-commissions aux Fonds des arts et de la culture. Selon les résultats de l’enquête, il s’est avéré l’existence de rétro-commissions. Dans sa présentation le journaliste a rapporté les témoignages sous anonymat de deux bénéficiaires du Fonds ayant versé une partie des montants reçus en retro-commission.

Le premier, à ses dires, a confié avoir versé « 300 mille FCFA sur un montant de 700 mille FCFA » et le second a indiqué avoir remis le tiers du montant de son projet de plusieurs millions » après l’obtention des fonds. Approché, le directeur du Fonds des arts et de la culture (DFAC) a rejeté les faits. « Il a répondu lors d’une interview qu’aucun de ses collaborateurs ne rançonne aucun bénéficiaire du Fonds »

Selon le journaliste, « le refus des acteurs culturels victimes ou complices de retro-commission de faire des témoignages ou des dénonciations à visage découvert est un comportement qui encourage l’enlisement de la pratique ».