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Accès à la terre au Bénin : sens interdit aux femmes à Wokou

Olivier Ribouis
publié le Feb 28, 2020

Dans le village de Wokou à Djidja, il a fallu une conférence itinérante de la fondation Konrad Adenauer et de l’Ong WILDAF-Bénin pour que les femmes soient informées jeudi 27 février, qu’elles ont égal droit d’accès à la terre au même titre que les hommes qui en ont l’exclusivité.

femme-acces-terre-benin-wokou-djidja-konrad-adenauer-stiftung Une femme de Wokou témoigne

Wokou, une République à part au Bénin. C’est un village de la commune de Djidja  dans le département du Zou. Là-bas, il y a une méconnaissance totale du code foncier et domanial ainsi que du code des personnes et de la famille sans oublier la Constitution qui donnent les mêmes droits aux femmes et aux hommes en matière d’accès à la terre.

Ce jeudi 27 février 2020, c’était autour de ce village où la communication téléphonique est quasi inexistante d’accueillir la conférence itinérante qu’organisent la fondation Konrad Adenauer et l’Ong WILDAF-Bénin autour de la problématique d’accès des femmes à la terre.  En prélude à la prochaine journée internationale de la femme du 08 mars, cette conférence itinérante  se tient sous le thème de ladite journée : « Je suis de la génération égalité : Levez-vous pour les droits des femmes ». Objectif, selon Mounirou Tchacondoh, coordonnateur de la Konrad-Adenauer-Stiftung au Bénin, « informer les femmes de leurs droits d’accéder à la terre ».

Massivement mobilisées et plus nombreuses qu’escompter, les femmes de Wokou ont répondu présentes au rendez-vous d’information au niveau de l’Ecole primaire publique de leur village.  Tout part d’un téléfilm qui aborde le problème. « Pourquoi pas les femmes ? », le téléfilm projeté raconte l’histoire de deux sœurs Akossiwa et sa jeune sœur Nonvignon. Au nom de la tradition, elles ont été exclues du partage d’un domaine de 32 Ha laissé en héritage par leur défunt père. Leurs trois frères, après un serment devant le fétiche du village Aziza leur ont tout pris. C’était sans compter avec Angèle, fille de Akossiwa qui viendra éclairer les deux sœurs avec les lois qui leur donnent droit d’accès à la terre. Tout finira en beauté avec la médiation du chef de la collectivité, lui-même au parfum des dispositions du code des personnes et de la famille, du code foncier et domanial puis de la Constitution. Akossiwa et Nonvignon ont enfin bénéficié de l’héritage à quelques différences près de part avec leurs frères. Pour les femmes de Wokou, cela reste un vœu pieux.

Wokou, femmes en zone de non droit

femme-acces-terre-benin-wokou-djidja-konrad-adenauer-stiftung Vue partielle des femmes de Wokou contentes du travail de la KAS

Le principe de la conférence itinérante est qu’elle donne lieu à un débat interactif. Au moment de s’extérioriser, c’est unanimement que les femmes déclarent que seuls les hommes héritent de la terre à Wokou. « Ici, aucune femme ne peut dire qu’elle a déjà hérité de la terre de ses parents défunts », a lancé Catherine Egbo, quadragénaire qui se convainc par la même occasion du téléfilm de la nécessité de scolariser ses enfants. « Les femmes doivent désormais être présentes dans les lieux de décision sinon nous seront toujours exclues », ajoute cette mère de famille âgée de la quarantaine. « Avec ce téléfilm, nous venons de comprendre que les femmes doivent aussi hériter de la terre », témoigne aussi Viviane Adiha, jeune femme du village. L’exclusivité jusqu’à présent laissée aux hommes sur les propriétés des géniteurs est sur toutes les lèvres. « Ici à Wokou, les hommes sont rois, ils font la loi », a déclaré Nicole Gbowi une autre jeune femme avec l’acquiescement spontanée de toutes les autres femmes du public.

 Pour accéder à la terre, les femmes de Wokou n’ont que deux possibilités. Le bail et l’achat. Vivant de l’agriculture, principale source de revenue de leur localité, elles apprennent que celles qui exploitent une terre l’ont  en bail auprès d’un beau-père ou d’un généreux propriétaire de domaine inexploité qui veulent bien leur en prêter. Cela se fait sans contrepartie et dure en fonction de l’humeur du bailleur. En dehors de  ça, il faudra s’acheter son domaine avec l’argent que beaucoup d’entre-elles n’ont pas. Ces transactions foncières, signalent-elles également, se font sans aucun acte administratif.

L’Eclairage à Wokou

femme-acces-terre-benin-wokou-djidja-konrad-adenauer-stiftung Marie-Claire Dègnon-Justin de WILDAF face aux femmes de Wokou

C’est un exercice auquel sont habituées les responsables de WILDAF-Bénin, un réseau d’Ong qui ont pour mission, la promotion et la défense des droits de la femme au Bénin. Face aux femmes de Wokou ce jeudi 27 février 2020, Marie-Claire Dègnon-Justin y est allée en langue locale fon pour expliciter le message du téléfilm. Elle leur apprend l’existence au Bénin d’un cadre légal qui consacre l’égalité homme-femme dans tous les domaines et particulièrement dans le droit d’accès à la terre. Les dispositions du code des personnes et de la famille adoptée depuis 16 ans ainsi que celles du code foncier et domanial voté puis revisité en 2017 seront exposées au public très féminin.

Sur la question de l’héritage, moyen par lequel la plupart des Béninois accèdent à la terre, l’oratrice a insisté sur le droit à la succession que dispose le code des personnes et de la famille. « Tous les enfants, filles comme garçons ou femmes comme hommes ont les mêmes droits d’hériter des biens de leurs parents », a déclaré Marie-Claire Dègnon-Justin. « L’enfant, sans distinction de sexe, hérite aussi bien du côté de son père et sa famille paternelle  que de sa mère et sa famille maternelle » insiste-t-elle à propos des différentes possibilités qu’ont les femmes en matière successorale. Pour celles qui sont veuves, la N°2 de WILDAF-Bénin apprend que les conjoints survivants héritent aussi des biens de leurs conjoints défunts. En cas de mariage civil, la veuve, si c’est le cas, souligne-t-elle, a droit à une part équivalente à un quart (1/4) des biens de son mari lorsqu’il y a des enfants et de moitié, lorsque le couple n’a pas eu de descendants. Pour ce qui est des enfants, qu’ils soient conçus dans un mariage civil ou hors, ils ont tous droits aux  biens de leurs géniteurs sans distinction de sexe.

Un point capital sur lequel l’oratrice insiste auprès de ces femmes du village Wokou, est la formalisation des transactions foncières. « Même si c’est un bail que vous faites, vous devez disposer d’un papier qui fixe les conditions. Il faut sécuriser vos terres », recommande-t-elle. La vice coordonnatrice nationale de WILDAF-Bénin a présenté les cadres et les différentes étapes du processus de sécurisation aux femmes de Wokou qui savent désormais quels sont leurs droits en matière domaniale au Bénin.