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Bénin: récit du décès d’un militaire blessé lors des évènements de Savè et Tchaourou

Cheick Donan
publié le Feb 26, 2020

Dans un mémoire publié par nos confrères du journal Matin Libre, mardi 25 février 2020, le père d’un militaire décédé en septembre 2019, raconte les conditions de la mort de son fils.

hafez-boni-biao Hafez Boni Biao

Soldat de deuxième classe, Hafez Boni Biao est décédé le 25 septembre 2019 à l’hôpital du camp Ghézo, à Cotonou. Selon le récit de son père, il est serait décédé suites de blessures lors des violents événements de Tchaourou et Savè, entre civils armés et forces de l’ordre en juin 2019.

Le récit a été publié mardi 25 février 2020 par le journal Matin Libre. Dans un texte  de plusieurs pages intitulé  « Mémoires D’un Père: Comment Ils Ont Tué Deux Fois Mon Fils », le père, un ancien journaliste, raconte une séquence tumultueuse du séjour de son fils au sein de l’armée.

 Boubacar Boni Biao raconte que courant 2018, accusé injustement dans une affaire de perte de téléphones portables, son fils a subi des traitements inhumains et dégradants.

L’un des coups reçus lors d’une scène de torture ont causé chez le jeune soldat, poursuit-il, un «traumatisme oculaire OD qui présente un trou maculaire constitué posant une indication chirurgicale. Aspect du trou maculaire : stade III mesurant 446um de large avec un œdème des berges.»

L’ancien journaliste ajoute que les démarches pour l’évacuation sanitaire de son fils ont été infructueuse, de fait de l’absence du certificat de validité de service administratif dans son dossier.

Affecté au camp militaire de Dassa-Zoumè, Hafez Boni Biao fait partie des soldats envoyés en mission à Savè et Tcharouou pour contenir le soulèvement de civils armés, en juin 2019. « A Savé, lors d’une patrouille  nocturne, le soldat Hafez Boni Biao et plusieurs de ses collègues tombent dans une embuscade. Ils reçoivent plusieurs balles les blessant grièvement. Le soldat Hafez, lui en reçoit à la jambe droite au niveau de l’aine », apprend le père du défunt soldat.  

Logé près d’une veine, précise-t-il, la balle reçue par son fils n’est pas extraite par les médecins. Mal en point des semaines plus tard, Hafez, qui « pissait du sang » a été évacué à l’hôpital de l’armée du camp Ghézo.

Là, « après les premiers examens il est demandé au père de l’enfant d’acheter une poche de sang du groupe sanguin AB+. Pendant plus de 4 heures, le père passera dans tous les hôpitaux de Cotonou à la recherche du fameux liquide. En vain. C’est aux alentours de 18h 45 qu’il finira par trouver ce sang. Mais, c’était déjà trop tard. Son fils a rendu l’âme à 18h 46 minutes.»

Le père déplore, dans Matin Libre, le fait que depuis le décès de son fils, « aucun officier militaire n’a envoyé, ne serait-ce qu’un coup de fil aux parents pour leur présenter les condoléances. De plus, ses biens ont disparu. Sa moto, ses meubles et autres ont tous disparu de son domicile à Dassa-Zoumè. Seul son paquetage et ses habits personnels ont été retrouvés.»

Ce qui le préoccupe davantage est que le dossier de son fils serait inexistant au niveau de l’Etat-major de l’armée de terre.