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Bénin : serment des chefs religieux de Ouidah pour l’accès des femmes à la terre

Olivier Ribouis
publié le Oct 21, 2019

A Ouidah où a pris fin vendredi 18 octobre la tournée de plaidoyer dans les cours royales des départements de l’Atlantique pour l’accès sécurisé des femmes à la terre, la fondation Konrad-Adenauer et le réseau WILDAF-Bénin ont vécu l’apothéose avec un engagement public des dignitaires et chefs religieux mobilisés par Dada Hounon Hounan 2, chef spirituel et chef suprême vodoun-Hwendo, roi des mers et des océans.

konrad-adenauer-stiftung-acces-femmes-terre-benin-ouidah Remise de documents de plaidoyer à Dada Hounon Hounan 2, chef spirituel et chef suprême vodoun-Hwendo, roi des mers et des océans.

Un instant mémorable de plaidoyer pour l’accès des femmes à la terre au Musée d’Histoire de Ouidah. Main levée vers le ciel, le ton empreint de solennité, hauts dignitaires des religions vodoun, du christianisme et de l’islam, chefs de collectivité, chefs de quartier, jeunes et femmes ont dit "oui" au plaidoyer pour l’accès des femmes à la terre porté par la fondation Konrad-Adenauer et le réseau WILDAF-Bénin dans le département de l’Atlantique.

Mobilisés par Dada Hounon Hounan 2, chef spirituel et chef suprême vodoun-Hwendo, roi des mers et des océans, des leaders incontournables de la cité historique de Ouidah, ont publiquement affirmé leur engagement à œuvrer pour l’accès sécurisé des femmes à la terre conformément aux dispositions du code foncier et domanial ainsi que le code des personnes et de la famille. « Ce vendredi 18 octobre, nous nous engageons pour aider à veiller à l’accès des femmes à la terre conformément aux lois », ont déclaré à l’unisson devant caméras et micro, ces hautes personnalités parmi lesquelles figurent le représentant du roi des Xwla et Xwéla - peuples autochtones- ; le représentant de l’imam central de Ouidah ; sa majesté Kabiyessi Oba Adékoyi, roi des musulmans ; Dah Daagbo Avimadjènon, le président de l’Association des chefs de collectivités (ACCO).

Ceci est l’aboutissement d’une phase importante du programme « Un seul monde sans faim » mise en œuvre par la Konrad-Adenauer-Stitfung (KAS) et ses Ongs partenaires au Bénin dont WILDAF. Financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération et du Développement économique, le programme mis en œuvre dans les départements du Zou et de l’atlantique a pour but, la lutte contre la faim, la malnutrition et la pauvreté avec l’implication des femmes. « Dans le cadre du programme "Un seul monde sans faim", nous voudrions faire en sorte qu’il n’y ait pas de faim, de malnutrition et lutter efficacement contre la pauvreté », a déclaré Mounirou Tchacondoh, le Coordonnateur de la KAS pour le Bénin. Dans sa démarche, dit-il, la fondation allemande s’est rendue compte de l’«importance de la femme dans la performance de la production agricole » au Bénin. Or, il se fait que « les femmes n’ont pas un accès sécurisé à la terre » pour de multiples raisons notamment, coutumières. C’est pour cette raison, a fait savoir le coordonnateur de Konrad-Adenauer appuyée par la coordonnatrice nationale de WILDAF-Bénin, Françoise Sossou Agbaholou, que l’initiative de ce plaidoyer a été prise en direction des têtes couronnées, dignitaires, chefs de culte, chefs coutumiers, chefs religieux, chefs de collectivités et autres.

Le "Oui-Mais," des chefs de la tradition

konrad-adenauer-stiftung-acces-femmes-terre-benin-ouidah Les chefs traditionnels de Ouidah disent oui à Konrad-Adenauer-Stiftung

Pas de doute, après avoir suivi l’exposé des visiteurs et la projection du téléfilm « Pourquoi pas les femmes ? » qui pose le problème porté à leur connaissance, ils sont favorables à l’accès des femmes à la terre. Mais, les uns après les autres, tous ont posé une condition : l’impossibilité de vendre des terres héritées de la collectivité.  « La terre, c’est un sujet complexe. Mais, chez nous les musulmans, les femmes ne sont mises à l’écart. Il n’y a rien où on n’implique pas la femme. La femme a un grand rôle dans chaque famille, les femmes ont droit d’héritage des terres », a d’abord rassuré, le vieux Kabiyessi Oba Adékoyi dans son apparat de dignitaire. « Pour ma part, la femme doit avoir droit à la terre de ses parents, mais, on doit lui interdire de vendre. Elle l’exploite, mais dès qu’elle quitte, la terre revient à la collectivité », a-t-il bémolisé. Pour le roi des musulmans qui se plaint du bradage des héritages fonciers également perceptible chez les hommes, « on doit mettre des garde-fous » à l’accès des femmes à la terre.

L’avis d’un accès conditionné des femmes à la terre est plus partagé et prononcé en ce qui concerne les propriétés héritées de la collectivité.  Baba Sikè, chef de sa collectivité est fermement opposée à tout bradage de bien de ce type. « Le bien de la collectivité ne se vend pas. On peut vendre les biens hérités des propriétés acquises des individus », soutient le dignitaire qui regrette que la loi ait été voté sans consultation des gardiens de la tradition. Plus incisif sur cet aspect, le président de l’Association des chefs de collectivités (ACCO) apprend que tout contrevenant à cette interdiction séculaire le paye de sa vie. « On ne vend pas. Tous ceux qui ont vendu des terres appartenant à la collectivité sont déjà sous ce sol sur lequel nous sommes aujourd’hui. La femme aura accès à la terre, mais pas question de vendre », insisté Dah Daagbo Avimadjènon qui sera appuyé par Dada Hounon Hounan 2, chef spirituel et chef suprême vodoun-Hwendo, roi des mers et des océans.

Le mot des femmes

konrad-adenauer-stiftung-acces-femmes-terre-benin-ouidah Des femmes adeptes vodouns à la séance de plaidoyer à Ouidah.

Elles ont également eu leur mot à dire. Dans le débat posé. Et c’est avec leurs propres témoignages qu’elles se sont prononcées. Fayinou Na Dan-non est une prêtresse de Sakpata -dieu de la terre- et reine des Dan, divinité de prospérité symbolisée par le serpent. Particulièrement émue par le sujet du droit d’accès des femmes à la terre, cette dignitaire vodoun a elle-même été victime d’exclusion. Son père dit-elle, était immensément riche avec de vastes terres un peu partout. Mais, hélas, elle n’y a pu rien hériter. « Notre père a eu beaucoup de bien et nous sommes 17 enfants. Si nous n’étions que des femmes, devrions nous laisser toutes les terres de notre père à un tiers qui a des hommes ? », a-t-elle interrogé le public.

Brave pour sa part, Tangni Kakpo, fille ainée de sa famille n’a pas laissé faire ses frères. « Dans ma communauté, chez les Xwla et Xwéla, on dit que la femme ne doit pas hériter. Et, dans ma famille, mes frères se sont mis à vendre les terres de notre père sans m’en parler ni aux autres sœurs. Moi, aussi, je me suis levée et j’ai vendu une part de cocoteraies. Personne n’a eu le courage de venir me dire quoi que ce soit parmi mes frères de qui j’ai aussi exigé de bien entretenir la maison familiale comme ils se plaisent à se dire dignes héritiers ».

Moins intrépide, Hounon Missihoun, une prêtresse vodoun estime qu’il faut y aller avec tact. « Je pense que nous avons droit à l’héritage, mais, il faudra permettre que les hommes aient un peu plus que nous les femmes », a-t-elle déclaré. Exemple à l’appui, elle témoigne qu’elle a juste demandé deux carrés- deux parcelles d’environ 500 m2- sur un total d’environ 4 hectares laissés par son feu père. « Je vais le vendre et aller acheter ailleurs. Ce qui m’est donné est à moi, je ne vais pas le laisser dans la famille pour qu’on me l’arrache après », prévient la prêtresse vodoun.

On sait que les femmes jouent beaucoup

konrad-adenauer-stiftung-acces-femmes-terre-benin-ouidah  Dada Hounon Hounan 2, chef spirituel et chef suprême vodoun-Hwendo, roi des mers et des océans.

Dans l’ensemble, les positions se sont focalisées sur l’accès à la terre par mode d’héritage. Françoise Sossou Agbaholou et son équipe de WILDAF-Bénin ont donc fait quelques rappels sur les nouvelles dispositions d’accès à la terre et la nécessité de sécuriser les transactions foncières. Que ce soit lors d’un bail ou d’une acquisition, a-t-elle rappelé, il est nécessaire de recourir aux sections villageoises de gestion foncières ou aux Commissions de gestion foncières (CoGeF). Les grandes dispositions du nouveau code ont été rappelées à ce sujet.

Au cœur du grand rassemblement de dignitaires, chefs coutumiers, leaders religieux de confessions musulmanes et chrétiennes, jeunes, chefs quartiers et autre, Dada Hounon Hounan 2, chef spirituel et chef suprême vodoun-Hwendo, roi des mers et des océans apprécie l’initiative de la fondation Konrad-Adenauer à sa juste valeur : « J’ai facilité le rassemblement pour la circonstance parce que les droits humains en général et les droits de la femme en particulier, c’est d’abord traditionnel… Dès lors qu’il y a ce code foncier, nous devons l’accompagner parce que ça fait notre fierté ».  S’il a pris l’engagement au même titre que les autres dignitaires d’accompagner les femmes dans la jouissance du droit d’accès à la terre, le chef suprême explique que c’est « parce qu’on sait que les femmes jouent beaucoup sur le plan économique, de l’élimination de la faim ». Le grand dignitaire estime que cette sensibilisation est comme une pierre jetée dans un essaim d’oiseau et croit que ça va faire tâche d’huile.

Particulièrement heureux de l’engagement observé à Ouidah, Mounirou Tchacondoh, le coordonnateur de la KAS estime que c’est l’«apothéose » dans sa tournée de plaidoyer pour l’accès des femmes à la terre. Au-delà du Bénin, « Un seul monde sans faim » qui tire à sa fin est également menée au Burkina-Faso et au Togo.