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Bénin : des rois s’engagent pour l’accès des femmes à la terre à Agonlin et Djidja

Olivier Ribouis
publié le Sep 27, 2019

Dans le département du Zou où le Centre Africa Obota et la Konrad-Adenauer-Stiftung mènent depuis lundi 23 septembre des visites dans des palais royaux pour un plaidoyer en faveur de l’accès des femmes à la terre, les rois Yèto Kandji à Agonlin-Houégbo et Ayisudé Dogba Aho Glèlè  à Djidja et leurs cours ont témoigné de l’engagement pour la cause du projet « Un seul monde sans faim », jeudi 26 septembre.

kas-roi-yeto-kandji-agonli-femmes-acces-terre-benin Le roi Yèto Kandji d'Agonli Houégbo

Des rois favorables à l’accès des femmes à la terre au Bénin. De surprise en surprise, le Centre Africa Obota (COA) et la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) découvrent des rois déterminés pour l’accès et le contrôle des terres par les femmes.  Tour à tour, les palais des rois Yèto Kandji à Agonlin et Ayisudé Dogba Aho Glèlè  à Djidja ont reçu jeudi 26 septembre 2019, une délégation conduite par le Secrétaire national du CAO, Justin Sèmassoussi et le Coordonnateur national de la KAS, Mounirou Tchacondoh pour un « Plaidoyer en faveur de l’accès des femmes au foncier au Bénin ».

Dans la matinée, c’est dans un imposant palais du roi Yèto Kandji à Agonlin-Houégbo où sont les marques d’une tradition séculaire que les visiteurs ont été reçus. Des rois voisins, des dignitaires de culte vodoun, des chefs de collectivités et autres gardiens de la tradition ainsi que des prêtresses ont été mobilisés dans la cour du principal monarque lui-même assis sur son trône dans ses apparats de roi-régnant à l’intérieur d’une case au milieu de quelques femmes à ses soins.

Avec déférence, le Secrétaire national du CAO, Justin Sèmassoussi, bien moulé dans les pratiques coutumières, requiert l’autorisation de la cour et introduit l’objet de la visite au roi. Du constat de recherches, d’études et d’enquêtes commanditées par la fondation allemande Konrad-Adenauer, fait-il savoir, la pauvreté touche de plein fouet les communautés rurales et notamment les femmes. Cela en raison de certaines causes dont une des principales est l’accès et le contrôle des terres auxquels les femmes n’ont pas droit en milieu rural. Pourtant estimées à plus de 51% de la population béninoise, elles sont plus actives dans les activités agricoles représentant la principale source de revenus dans le pays.  Justin Sèmassoussi souligne à l’attention des têtes couronnées et dignitaires vodoun le poids des us et coutumes dans l’exclusion des femmes  dans la succession. Il est appuyé par et le Coordonnateur national de la KAS et un téléfilm intitulé « Pourquoi pas les femmes ? ». Cette réalisation cinématographique inspirée de la réalité présente le sort de deux jeunes femmes membres d’une fratrie de cinq enfants, écartées par leurs frères garçons qui se sont partagées plus de 32 hectares de terres, héritage de leur père défunt.

A cœur ouvert au palais

Le sujet exposé avec illustration à l’appui, c’est sur place que des témoignages fusent pour confirmer le problème porté devant la cour. La première réaction est celle d’une femme, Agossou Henriette. Elle parle publiquement de sa situation au milieu de ses frères où il lui a fallu farouchement revendiquer après une séance d’information de la KAS pour obtenir une partie de terre en héritage. Après elle,  ce sont les dignitaires, chefs coutumiers et les rois eux-mêmes qui s’ouvrent pour partager des témoignages de situations portées à leur connaissance.  C’en suit alors une phase de questions-réponses entre les hôtes et les visiteurs sur la préoccupation de l’accès et le contrôle des terres par les femmes en milieu rural. Point par point, l’équipe du Centre Africa Obota apporte des clarifications tirées des dispositions légales contenues dans le code des personnes et de la famille, le code foncier et domanial et la Constitution du Bénin.

Le roi Yèto Kandji et ses pairs s’engagent

kas-dignitaires-femmes-acces-terre Des dignitaires de la cour du roi Yèto Kandji

A tout seigneur tout honneur, c’est au roi Yèto Kandji qu’est revenu le dernier mot. Il apprend devant caméras et micros qu’il est déjà sur la même longueur d’ondes que le Centre Africa Obota et la Konrad-Adenauer-Stiftung. C’est d’ailleurs, de lui qu’est venue l’idée d’une tournée de plaidoirie dans les palais royaux, selon le coordonnateur de la KAS. Mieux, la défense du droit d’accès des femmes à la terre qu’il assurait sans connaissance des lois, rassure le roi, se fera davantage après cette plaidoirie. Avant lui, deux autres rois invités pour la circonstance ont apprécié favorablement l’initiative et promis se mettre aussi dans la danse pour la reconnaissance du droit d’accès des femmes à la terre. Avant de se retirer de la cour, Mounirou Tchacondoh, le coordonnateur de la KAS a remis des lots de documentation auprès du roi Yèto Kandji qui a lancé un appel à tous pour la cause des femmes.

Cap sur Djidja

kas-acces-femmes-terre-roi-aho-glele Le roi Ayisudé Dogba Aho Glèlè  à Djidja

Dans l’après-midi, c’est au tour du roi Ayisudé Dogba Aho Glèlè  de recevoir le message de plaidoirie du CAO et de la KAS dans son palais à Oungbèga, commune de Djidja. Ici, les femmes de couvent vodoun sont nombreuses  dans le public sous la tente installée au milieu de la cour du palais animé de chants et cris à la gloire de la tradition vodoun. Avec les mêmes dispositions les visiteurs livrent l’objet de leur déplacement. On assiste également à des questions suivies de réponses et d’éclaircissement.

Comme Yèto Kandji, le roi Ayisudé Dogba Aho Glèlè  qui a l’avantage d’être un intellectuel assis sur le trône, affiche un plein engagement pour l’accès des femmes à la terre. Chez lui, a-t-il fait savoir, il délivre déjà des actes de donation de terre à des femmes pour les mettre à l’abris de toute tentative d’expropriation.

kas-femmes-acces-terre Les femmes au palais du roi Ayisudé Dogba Aho Glèlè  à Djidja

Satisfaits de l’ouverture d’esprits des rois visités, le Secrétaire national de la CAO et le Coordonnateur national de la Konrad-Adenauer-Stiftung ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Les deux partenaires promettent de poursuivre leurs actions qui s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Un seul monde sans faim », initié et financé par le ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement afin de mobiliser les énergies pour l’inclusion des femmes dans la lutte contre la pauvreté et la famine. Mis en œuvre au Bénin, ce projet qui est dans sa phase pilote est conjointement mené au Togo et au Burkina Faso.