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Réformes politiques au Bénin sous Talon: Expédit Ologou dresse un bilan négatif

Ozias Hounguè
publié le Jun 30, 2020

Le politologue Expédit Ologou a dressé dans une interview accordée à La Croix du Bénin, un bilan des réformes politiques initiées au Bénin sous la présidence de Patrice Talon. Le point global est insatisfaisant, selon son analyse.

Le politologue Expédit Ologou

Interrogé par nos confrères du journal La Croix du Bénin, Expédit Ologou a fait un bilan peu reluisant des réformes politiques initiées sous Patrice Talon.

« Les réformes politiques ont abouti à la révision clandestine du texte (Constitution, Ndlr) qui nous fait exister, instituer, vivre ensemble sans qu’il n’y ait eu un débat d’ensemble sur le projet de modification », regrette le politologue.

Les Béninois sont face à « une sorte d’impuissance, d’incapacité puisque la deuxième élection (communales 2020, ndlr) qui devrait éprouver la réforme du système partisan s’est soldée par des difficultés liées au fonctionnement interne des partis qui ont le plus bénéficié de ladite réforme », a analysé Expédit Ologou.

« Du point de vue social et politique, les réformes politiques et électorales ont favorisé une diffraction électorale, des tensions sociales qui ne sont pas réglées jusqu’à présent », a ajouté le politologue qui dirige le think-tank Civic academy for Africa’s future (CiAAF).

Depuis 2016, plusieurs réformes politiques et institutionnelles ont été initiées sous le président Patrice Talon. Il s’agit notamment de la révision de la Constitution en novembre 2019, la réforme du système partisan et la réforme électorale avec l’institution d’un système de parrainage des candidats à l’élection présidentielle, la fixation d’un seuil minimum de 10% du suffrage national pour l’attribution des sièges aux élections législatives et communales.

 Les réformes ont, dans leur mise en œuvre, engendré des élections législatives controversées et ensanglantées en avril 2019 puis une forte tension socio-politique dans le pays.

 « Les réformes politiques depuis 2016 ont abouti à une réduction visiblement appréciable du nombre de partis politiques, à un monopole absolu sur l’Assemblée nationale, avec pour implication une mainmise sur les institutions dans lesquelles les députés doivent désigner des représentants », relève Expédit Ologou.

« Il faut reconnaître que les réformes n’ont pas fait mieux du point de vue de la cohésion sociale, de la paix politique, de l’efficacité. Elles ont finalement abouti à la satisfaction des envies et de la volonté d’un acteur politique qui a deux partis à l’Assemblée nationale, 70 maires qui le soutiennent, lesquels doivent décider du candidat aux élections présidentielles de 2021 », fait remarquer le docteur en sciences politiques.

Concernant les dernières élections communales, Expédit Ologou souligne qu’elles donnent l’impression que la réforme du « système partisan a abouti au verrouillage du champ politique ».

« La preuve, c’est que, lorsqu’elle a posé quelques problèmes à l’occasion du processus d’élection des maires, on a dû recourir à une loi interprétative pour faire en sorte qu’enfin triomphe une paix au sein des partis soutenant le chef de l'État », rappelle le politologue.

« Lorsqu’on fait le point, on peut considérer que le fruit de la réforme politique n’a pas tenu la promesse des fleurs », a-t-il conclu.