Présidentielle 2021 au Bénin: Expédit Ologou propose une «thérapie rapide» contre le parrainage

Ozias Hounguè
publié le Jun 29, 2020

Dans une interview au journal La Croix du Bénin, le politologue Expédit Ologou propose une réforme du code électoral afin de sauter le verrou du parrainage qui pourrait mettre à mal la situation socio-politique lors de la présidentielle de 2021.

Expédit Ologou

A moins de dix mois de la prochaine présidentielle au Bénin Expédit Ologou avertit sur les dangers liés au principe du parrainage.

« Si l’on voudrait que l’élection présidentielle soit démocratique en 2021, il faut procéder à une thérapie rapide. La thérapie rapide pourrait être de sauter la disposition du Code électoral relative au parrainage », propose le politologue  dans une interview publiée par le  journal La Croix du Bénin ce 29 juin 2020.

Instituée par la réforme constitutionnelle de novembre 2019, le parrainage des candidats à une élection présidentielle au Bénin a été clairement défini dans le code électoral voté à la même occasion. Cette disposition exige que les candidats à l’élection présidentielle soient « parrainés par un nombre de députés et/ou de maires correspondant à au moins 10% de l’ensemble des élus ».

Les prétendants au fauteuil de la Marina doivent donc être parrainés par au moins 16 députés  et/ou maires pour faire valider leurs candidatures.

 A l’heure actuelle, l’opposition, à travers Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) ne dispose que de 07 élus. Tous les autres sont issus de Union progressiste et Bloc républicain, deux partis politiques favorables aux chefs de l’Etat. Ce qui plonge le Bénin dans le risque d’une élection présidentielle à sens unique.  

« Si l’on fait attention au taux de participation aux élections législatives de 2019, on constate que 80% des citoyens n’ont pas exprimés leur suffrages. Aux communales et municipales, 51% ne sont pas allés voter. Il y a alors une bonne frange des citoyens béninois dont les opinions ne sont pas prises en compte dans la gestion du pouvoir, et surtout dans la gestion du processus d’élection du premier d’entre eux. Cela peut présager d’un précédent assez préoccupant », relève Expédit Ologou qui dirige le think-tank Civic academy for Africa’s future (CiAAF).

Eviter les contestations

« Il ne serait pas sage d’accumuler les frustrations jusqu’à l’élection présidentielle de 2021 », prévient-il. Le politologue estime qu’il urge que des dispositions soient prises pour éviter une élection présidentielle fermée aux partis de l’opposition en 2021. Selon lui, une nouvelle modification du code électoral devrait permettre d’ouvrir le scrutin présidentiel à tous les bords politiques.

« Il est possible de faire cela pour éviter d’éventuelles contestations à l’occasion de la prochaine élection présidentielle de 2021. Nous avons déjà fait l’expérience douloureuse des législatives. Les communales ont laissé un goût d’inachevé à beaucoup d’acteurs », souligne-t-il.

« Nous sommes encore dans les délais de la CEDEAO qui nous interdit de réviser les lois électorales six mois avant les élections. Dans le cas où on traînerait les pas jusqu’à passer le délai officiel, on a bien vu quel est de plus en plus le rapport des autorités du Bénin avec certaines conventions internationales », insiste-t-il. 

« Et donc, on peut souhaiter que pour une fois, cette distance vis-à-vis des juridictions et des Organisations internationales soit bénéfique pour la paix dans notre pays et même qu’au-delà des six mois, que le Code électoral soit révisé pour permettre à tous les citoyens de se présenter aux élections », souhaite Expédit Ologou.