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Désignation des maires au Bénin : les communes exposées à 02 risques

Falilatou Titi
publié le Jun 4, 2020

Franck Kinninvo, expert en gouvernance locale pense que la modification de certaines dispositions du code électoral pourrait constituer des risques pour les nouveaux maires dans l’exercice de leur fonction.

franck-kinninvo Franck Kinninvo

Avec le code électoral modifié, les maires n’auront plus les coudées franches dans l’exercice de leur fonction. C’est ce que pense Franck Kinninvo, expert en gouvernance locale. Dans un décryptage de la loi portant interprétation et complétant la loi portant code électoral du 15 novembre 2019, il a évoqué les risques auxquelles certaines dispositions exposent les nouveaux maires.

Selon l’expert, désignés par leurs partis conformément à ce nouveau code, le premier challenge des nouveaux maires sera de se donner « une vraie légitimité » auprès de leurs pairs conseillers. « Il s’agira d’un savant dosage de leadership et de management pour se donner une légitimité. Cette tâche sera plus difficile dans les assemblées communales où un premier vote de rejet a été enregistré contre le maire », écrit Franck Kinninvo dans son décryptage, publié sur son compte Facebook.

« Autrement, ce dernier va propulser la commune dans une instabilité allant de sa destitution au blocage des délibérations par un rejet systématique des dossiers soumis au conseil », prévient l’expert des questions de décentralisation.

Pour Kinninvo, le code électoral met le maire dans une position inconfortable. Choisi par son parti d’appartenance et imposé aux autres conseillers de la commune ou de la municipalité, le nouveau maire selon l’expert sera entre « le marteau partisan et l’enclume des conseillers ». 

La modification du code électoral rappelle à l’expert en gouvernance locale, une expérience peu reluisante quelques années plus tôt au Bénin. « Le bilan est que le maire doit approvisionner mensuellement le domicile du chef du parti, tenir des conseils communaux ou municipaux bis au domicile du chef du parti politique ou soumettre ses nominations et la liste des marchés à attribuer à sa ratification avant de les acter », déplore Franck Kinninvo.

Pour l’expert, légalisée dorénavant, cette pratique va compliquer la gestion des communes aux maires, surtout dans un contexte où les partis politiques sont en recomposition. « Le maire risque de se retrouver sous deux épées de Damoclès », a-t-il conclu.

A l’issue des communales et municipales du 17 mai 2020, certains conseillers ont vu leurs candidatures au poste de maires de leurs communes, rejetées par leurs pairs. Bien que majoritaires selon les résultats de la Commission électorale nationale autonome (CENA), les partis n’ont pas pu faire élire leurs candidats à ces postes.

Pour mettre fin à cette situation, les députés ont décidé de modifier en « procédure d’urgence » le code électoral en vigueur depuis le 15 novembre 2019.

Selon la loi portant interprétation et complétant la loi portant code électoral du 15 novembre 2019, adopté le 2 juin au parlement, après les élections communales, il revient désormais au parti majoritaire de désigner les conseillers au post de maire et d’adjoints.

Autrement, tous les partis en lice qui ont des sièges de conseillers dans une commune donnée conviennent d’un « accord de gouvernance communale ».