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Communales 2020: «votez pour les femmes, c'est opter pour l'amélioration de la gouvernance locale»

Banouto
publié le Apr 30, 2020

Les Béninois se rendront aux urnes le 17 mai prochain pour désigner les nouveaux membres des conseils communaux et municipaux. Juriste, spécialiste et militante des droits humains, Fifamin Miguèle Houeto analyse les enjeux de la participation des femmes au scrutin. C’est à travers une interview que la jeune leader a bien voulu accorder à Banouto.  

miguele-houeto Fifamin Miguèle Houéto,Juriste, spécialiste et militante des droits humains

Le 17 mai prochain, les béninois se rendront aux urnes pour élire les nouveaux membres des conseils communaux et municipaux. Quelle place doit occuper la femme dans ce processus ?

 

Le 17 mai prochain, nous espérons qu’une nouvelle page s’ouvrira pour les femmes au sein des conseils communaux et municipaux dans notre pays. Il s’agit d’une élection de proximité et les élu.e.s ont la lourde responsabilité d’améliorer directement le quotidien des populations à la base. Etant plus au parfum des difficultés que rencontrent nos communautés à la base, les femmes doivent être à l'avant-garde.

-Nul doute que les femmes positionnées sur les listes, ne le sont pas pour le prestige de la fonction. Elles doivent donc se battre corps et âmes afin d’être élues. Une fois élues, elles devront bataillées dur pour occuper des positions de décisions au sein des conseils communaux et municipaux ;

- pour celles qui auront à juste voter, elles devront rester vigilantes afin de faire des choix de vote éclairés pour espérer un réel développement de leurs localités ;

- quant aux femmes qui militent en faveur des droits des femmes et plus précisément en faveur de la participation politique des femmes, notre responsabilité est grande. Renforcer de façon continue, les capacités de nos sœurs et mères qui sont sur la ligne de départ dans le cadre de ces élections est indispensable.

 

Contrairement aux fois antérieures où elles étaient beaucoup plus électrices, les femmes ont décidé de prendre une part active dans la gestion des affaires de leur commune. Comment appréciez-vous ce changement ?

 

Les femmes ont toujours souhaité être au cœur du développement à la base et elles l’ont toujours été. Prendre une part active dans la gestion des affaires communales ne signifie pas nécessairement être maire ou conseillère. C’est grâce à leurs actions que nos communes sont propres pour ne citer que cet exemple. Cela dit, les femmes ont eu, il faut l’avouer, des difficultés à se positionner ou se faire positionner afin d’occuper des postes de décision au sein de nos conseils. Et pourtant, la Constiution béninoise de février 1990 révisée en novembre 2019, en son article 26, promeut l'égalité de l'homme et de la femme devant la loi sans distinction.

Elle fait même obligation aux partis politiques de faire en sorte que cette égalité se constate sur les listes électorales.

Tant d'efforts ont été fournis depuis l'avènement de la décentralisation en 2002 pour voir plus de femmes dans la gestion locale. Les choses, il faut l'avouer, ont évolué en dents de scie ces dernières années. En témoigne les chiffres obtenus en 2002 (43 conseillères ont été élues sur un total de 1200 et seulement 2 ont été portées à la tête de nos communes de Kétou et Pobè); En 2008 (60 conseillères élues sur un total de 1435 dont une seule portée à la tête de la mairie de Kérou). Au fil des ans et en 2015, ce chiffre est passé de 60 à 64 sur un total de 1435 conseillers élus. Dans ce lot, seul la mairie de Pèrèrè a eu l'honneur d'être conduite par une femme. Il a fallu le vote de défiance intervenu au sein du conseil communal de Ouidah pour voir une seconde femme élue maire sous cette même mandature. Et enfin, à trois mois de la fin de ladite mandature, une femme est portée à la tête de la mairie d'Aplahoué.

Nonobstant tout ceci, nous apprécions positivement, l'engouement accru qui s'observe dans le cadre de ces élections de mai prochain, non seulement au sein de la gente féminine mais aussi dans la société béninoise. L'espoir est donc permis.

 

Il a été constaté au Bénin, depuis l’avènement de la décentralisation, une faible représentativité des femmes. Pourquoi est-il nécessaire que cela change ?

 

Selon ONU Femmes, les femmes représentent la moitié du potentiel mondial. Elles représentent plus de la moitié de notre population selon les chiffres de l'Institut National de la Statistique et de l'analyse Économique (INSAE). Les femmes sont douées et dotées de compétences diverses. Pour ne pas continuer à passer à côté de la plus-value qu'elles constituent, il faut juste que les femmes qui désirent accéder aux instances de gestion de nos communes et municipalités, soient soutenues et accompagnées. La participation politique des femmes est une composante des droits Humains des femmes. Il est désormais un secret de polichinelle que lorsqu’on exclut les femmes, tout le monde en paie le prix ; quand elles sont incluses, c’est le monde qui en ressort gagnant. Par ailleurs, l'atteinte de l'Objectif de Développement Durable nº3 en est tributaire.

 

Quels sont les motifs qui militent en faveur d’une élection massive des femmes lors du scrutin du 17 mai prochain ?

 

Une élection massive des femmes ? Rien n'est gagné d'avance. Autrement, il aurait fallu que les femmes, sur toutes les listes et dans toutes les communes, soient bien positionnées. Ce qui ne nous semble être le cas. Par contre, faire en sorte d’améliorer considérablement la représentativité des femmes au point de tutoyer le seuil des 30% dans nos municipalités et communes, c’est cela le challenge.

Pour réel développement à la base, il est essentiel d’associer l’autre moitié de notre population qu’est la gente féminine.

 

Un appel à lancer aux électeurs béninois ?

Cher.e.s compatriotes, exprimer son suffrage, est pour chacun.e d'entre nous, un devoir. Les élections de mai prochain sont cruciales pour le développement de nos communes et municipalités sur les six (06) prochaines années. Votons selon notre conscience et faisons des choix responsables.

Votez pour les femmes, c'est opter pour l'amélioration de la gouvernance locale.

Alors, portons massivement les femmes, sœurs, mères, épouses, filles et compagnes.

 

NB: Cette interview a été réalisée avec le soutien du Consortium Wanep-Rifonga Bénin dans le cadre du projet RECAFEM4 mis en oeuvre avec l'accompagnement technique de CARE Bénin-Togo et le soutien financier de la Coopération Suisse au Bénin.