Bénin : Lionel Zinsou parle des législatives 2019 et critique Talon

Yao Hervé Kingbêwé
publié le Jun 6, 2019

Lionel Zinsou s’est prononcé sur les dernières élections législatives au Bénin dans une émission grand public du site français Le nouvel esprit public et a estimé « qu’on a confisqué la démocratie » béninoise.

lionel-zinsou Lionel Zinsou, ex-Premier ministre béninois

La démocratie béninoise est sous les verrous. C’est ce que pense Lionel Zinsou. Invité de l’émission grand public du site français Le nouvel esprit public pour décrypter les dernières élections législatives tenues sans l’opposition, l’ancien premier ministre de Boni Yayi estime que le Bénin a trahi l’idéal de démocratie des pays de l’Afrique de l’Ouest. « La démocratie en Afrique, contrairement à ce que le Bénin semble indiquer aujourd’hui, progresse à petits pas », a jugé Lionel Zinsou.

Evoquant les résultats du scrutin législatif du 28 avril dernier, l’ancien premier ministre béninois pense qu’il y a une leçon à y retenir pour le continent africain. « Au fond, ce qui se passe au Bénin, en creux, montre un attachement populaire réel à la démocratie. Si on veut avoir une sorte d’optimiste à long terme sur l’Afrique, je crois que c’est une des leçons qu’il faut retenir ». Selon Lionel Zinsou, s’il « est vrai qu’on a confisqué la démocratie en supprimant les listes d’opposition aux législatives », chose à l’en croire qui ne se fait même pas dans les pays où il n’y a pas de suspense, le résultat a quelque chose de positif. Car, explique-t-il, « on a un résultat des élections qui montrent un attachement incroyable profond des populations au contrôle démocratique, aux libertés publiques ».

L’ancien numéro 2 du gouvernement du président Boni Yayi base son analyse le taux d’abstention aux dernières élections législatives. Selon les chiffres rendus publics par la Cour constitutionnelle, ce taux est légèrement au-dessus des 70%. A en croire Lionel Zinsou, le taux d’abstention est bien plus élevé que les chiffres officiels. Ce taux s’établirait autour de 80% au dire du challenger du président Patrice Talon à la présidentielle 2016 au Bénin qui estime que le taux de « 27% a été fabriqué un peu laborieusement ».

Signes avant-coureurs 

Lionel Zinsou pense que la tenue des élections législatives sans l’opposition était prévisible. « Il y avait quelques signes singuliers d’évolution vers quelque chose qui est assez séduisant dans les pays émergents et les pays en développement et qui ressemble à l’idée que la dictature est la meilleure recette pour le développement économique », soutient le banquier d’affaire franco-béninois. Entre autres signes, Lionel Zinsou évoque la liberté de la presse, la liberté d’opinion, la liberté de manifester, la séparation des pouvoirs qui, à l’en croire, n’existaient plus. Outre cela, Lionel Zinsou apprend que « les sondages indiquent, depuis plus d’un an maintenant, au troisième anniversaire de l’installation au pouvoir, que le régime dans les élections va trouver 80% d’hostilité et 20% de soutien ». « Et donc, déduit-il, il fallait qu’il n’eût pas d’opposition parce que l’opposition allait avoir 80% des voix. Le boycott à 85% est assez représentatif de ce qui allait se passait dans les urnes ».

Pour l’ancien premier ministre béninois, c’est en prévision d’un échec que le pouvoir de Cotonou aurait agi. Lionel Zinsou est convaincu qu’ « il y avait une protection immédiate à côté d’objectif de long terme ». « Mais ça permet un habillage, c’est-à-dire la justification par le despotisme éclairé et ça permet également de trouver quelques soutiens à ce qui a été fait », fait savoir Lionel Zinsou qui croit que l’organisation des législatives sans l’opposition était « simplement pragmatique ».