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Fermeture des frontières : des ressortissants nigérians souffrent à Cotonou

Ozias Hounguè
publié le Dec 16, 2019

Plus de trois mois sont passés depuis que le Nigéria a décidé de la fermeture unilatérale des frontières en partage avec ses voisins. De l’autre côté de la frontière en terre béninoise, l’attente se fait longue. Si les Béninois décrivent une décision négative pour leurs revenus, les ressortissants nigérians ne sont pas pour autant épargnés.

vente-de-friperie Au marché Missèbo à Cotonou Ph: DR

Mardi 19 novembre 2019. Chacun vaque à ses occupations matinales dans la capitale économique du Bénin. Trois mois après la fermeture des frontières du Nigéria, si la vie suit son cours chez les Béninois, les effets négatifs de cette décision font également rages du côté des Nigérians. « Je suis allé au Nigéria voit ma famille tout le monde crie parce que l’argent ne circule plus. Ce n’est pas seulement les Béninois qui ont des problèmes. C’est toute l’Afrique de l’ouest qui a de problèmes avec la fermeture des frontières du Nigéria », témoigne Ferdinand Odjunkun, ressortissant nigérian vivant à Cotonou. L’évocation de la fermeture des frontières par son pays est un sujet qui l’agace. Ce tenancier d’une boutique de vente de pièces détachées à Dantokpa déplore des conséquences dramatiques sur son commerce. « L’impact est trop fort. On ne sait pas comment on peut expliquer ce qui nous arrive. On ne peut pas trouver de marchandises pour vendre et les gens qui payent ne viennent plus », raconte-t-il peiné.

Le Nigéria et le Bénin sont indépendants depuis 1960 et partagent près de 800 kilomètres de frontières terrestres. Le Nigéria est la première puissance économique de l’Afrique. Selon des statistiques de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (INSAE) datant de 2017, la part d’échanges entre le Bénin et Nigéria est de 41%. Avec la fermeture des frontières par son pays, c’est de longues années de relations de bon voisinage que regrette Odjunkun.

Pour Daniel Okobi, commerçant nigérian au marché de Dantokpa, la situation devient plus critique chaque jour avec cette fermeture des frontières qui dure déjà plus de trois mois décidée par son pays. « Notre activité ne marche plus. Rien ne marche cela nous fait tellement mal sans vous mentir. Pour amener marchandise, c’est très difficile pour nous. Le marché est tellement calme, les gens ne viennent plus acheter », témoigne celui-ci, dans un français approximatif. « C’est ma première fois de voir une situation pareille au Bénin. Il nous arrive d’avoir des cas de méventes et de difficultés d’approvisionnement, mais pas à ce point », fait-il remarquer. Daniel Okobi souligne que cette décision vient compromettre ses espoirs de passer paisiblement les fêtes de fin d’années avec sa famille.

L’attente devient longue

A Cotonou, l’attente devient plus longue pour ces Nigérians qui espéraient une réouverture plus tôt des frontières.  « Nous avions appris un petit matin que notre pays (le Nigéria, ndlr) a fermé ses frontières avec le Bénin et depuis plus rien », raconte Abdul Razaki, vendeur de friperie surpris par la nouvelle. La quarantaine environ, le Nigérian vit au Bénin depuis près de 15 ans. « Nous n’avions pas été informés pour nous préparer à temps », dit-il. Les raisons officielles évoquées par les autorités nigérianes sont entre autres la contrebande et le trafic d’armes. A Cotonou, l’attente devient pénible pour ces ressortissants nigérians qui voient la chute de leurs activités tout comme les Béninois. « Je suis au Bénin depuis 8 ans. Depuis la fermeture des frontières ce que nous achetons auparavant à 500 F au Nigéria est passé à 1000 F. Les choses sont devenues très chères depuis la fermeture des frontières. Nous espérons que Buhari va rouvrir très prochainement les frontières », souhaite Toussman, un commerçant nigérian. Il ajoute que son frère résidant au Ghana a les mêmes difficultés que lui et qu’ils sont tous impatients de reprendre leurs activités.

D’autres ressortissants nigérians disent n’avoir plus revus les membres de leurs familles vivant au Nigéria depuis la fermeture des frontières. C’est le cas de Sunday Okpebi, vendeur de friperie. « Pour le moment, je n’arrive plus à rendre visite à ma famille. Il y a trop de tracasseries. Si la situation finit je verrai comment me rendre au Nigéria », laisse entendre Sunday qui se contente actuellement de coups de fil à ses parents.

Chute des chiffres d’affaires

Trois mois sont passés déjà depuis la fermeture des frontières et toutes les démarches entreprises par Cotonou auprès d’Abuja pour une réouverture des frontières sont restées sans succès. Le prix de l’essence communément appelé « Kpayo » monte chaque jour dans les rues de Cotonou. Si les activités des Béninois sont touchées, les chiffres d’affaire des ressortissants nigérians en sont davantage. Ils sont en effet les principaux vendeurs de pièces détachées et de véhicules d’occasion.

A Ekpè, localité béninoise située à environ 20 km de la frontière bénino-nigériane de Kraké, les commerçants nigérians vendeurs de pièces ou de véhicules voient leurs revenus chutés. « Les gens qui venaient du Nigéria acheter des véhicules d’occasion ne viennent plus. C’est eux qui venaient beaucoup acheter chez nous depuis la fermeture des frontières plus rien. Cela est même devenu difficile pour nous de manger », regrette John Aléjoyé, vendeur de pièces détachées. « Nous ne faisons plus les recettes puisqu’on ne trouve plus l’argent. C’est difficile pour nous nous de payer les propriétaires de nos boutiques. Notre économie n’avance plus comme avant », a-t-il ajouté.

Au Parc Mivvo, les activités tournent au ralenti pour les commerçants nigérians, vendeurs de véhicules d’occasion. « Quelques Béninois viennent encore acheter des véhicules d’occasion, la plus grande partie des acheteurs, nos frères (les Nigérians, ndlr) ne viennent plus », affirme Ousmane. Pour cause, les véhicules d’occasion ne peuvent plus passer la frontière nigériane.