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Communales 2020 au Bénin: pourquoi il faut voter pour les femmes, selon Marino de Souza

Yao Hervé Kingbêwé
publié le Apr 30, 2020

Sociologue, Marino Abélio de Souza est un spécialiste du genre et administrateur électoral. Observateur de la vie publique au Bénin, il se prononce sur les enjeux de la participation des femmes aux élections communales 2020 et évoque les raisons qui militent pour un vote massif en faveur des femmes, notamment celles bien positionnées sur les listes électorales. Interview.

marino-de-souza Marino Abélio de Souza, sociologue spécialiste du genre

Le 17 mai prochain, les Béninois se rendront aux urnes pour élire les nouveaux membres des conseils communaux et municipaux. Quelle place doit occuper la femme dans ce processus électoral ?

 

Je vous remercie pour l’occasion que vous m’offrez de me prononcer sur cette question d’intérêt. Il est souhaitable que la femme occupe la place qui lui revient dans le processus électoral. C'est-à-dire qu’aux différentes étapes du processus, les femmes doivent pouvoir être présentes dans les différentes instances et participer aux activités mais aussi à la prise des décisions qu’appelle le bon déroulement du processus. Elles doivent être présentes, non pas forcément en nombre égal aux hommes, mais dans des proportions qui reflètent les efforts consentis jusque-là pour donner davantage de visibilité aux femmes dans la sphère publique.

Mais qu’en est-il de la réalité ?

De la préparation des listes électorales à la proclamation des résultats définitifs, les femmes sont physiquement impliquées dans le processus mais à des niveaux qui ne les valorisent pas. Car, elles servent plutôt de main d’œuvre et ne participent pas réellement à la prise des décisions durant le processus. A titre d’exemple, le dernier COS-LEPI (Conseil d'orientation et de supervision de la liste électorale permanente informatisée ndlr) comprend une femme contre huit hommes. Mais au niveau de son personnel de terrain, sans pouvoir donner des statistiques précises, je sais que les jeunes femmes ont été un peu plus sollicitées. La situation est semblable à la CENA (Commission électorale nationale autonome, ndlr) qui comprend cinq (05) commissaires dont une (01) femme. Mais parmi son personnel et ses collaborateurs extérieurs, les femmes sont un peu plus présentes. L’étape du scrutin présente une situation qui est le prolongement de ce qui se passe à la CENA.

Quant à la phase de dépôt des candidatures, c’est le sort fait aux femmes dans les partis politiques qui se révèle à travers leur faible présence sur lesdites listes et le mauvais positionnement de la plupart de celles qui réussissent cet exploit.

Mais des femmes sont visibles et impactent positivement le processus électoral de l’extérieur. On les trouve surtout au sein des organisations de la société civile qui appuient généralement le processus, comme la plateforme électorale des organisations de la société civile, Social Watch Bénin … dirigées par des femmes dont je salue ici le leadership.

Contrairement aux fois antérieures où elles étaient beaucoup plus électrices, les femmes ont décidé de prendre une part active dans la gestion des affaires de leur commune. Comment appréciez-vous ce changement ?

C’est un changement qui a été souhaité et pour lequel, depuis plusieurs années, un travail se fait, avec l’accompagnement des partenaires techniques et financiers dont la Coopération suisse. En effet, plusieurs organisations de la société civile qui luttent pour la promotion des droits des femmes ont travaillé, ces dernières années, à faire en sorte que les femmes prennent conscience de l’importance de leur participation active à la gestion des affaires publiques, surtout au niveau local et soient préparées à le faire avec plus d’assurance et de détermination. Cela s’est traduit par un plus grand intérêt des femmes d’abord pour le militantisme politique ensuite pour ces élections communales à venir. Mais la plupart ont été déçues. Les promesses de positionnement faites par les leaders des partis politiques n’ont pas été respectées.   

Il a été constaté au Bénin depuis l'avènement de la décentralisation, une faible représentativité des femmes. Pourquoi est-ce qu'il est nécessaire que cela change?

Cette faible représentativité des femmes dans les conseils communaux et locaux, depuis l'avènement de la décentralisation chez nous, est un héritage historique qui a sa source dans notre culture.

Mais nous avons compris avec le temps et l’évolution du monde que la présence des femmes dans les instances de pouvoir et de décision, est une nécessité de développement.

Il est donc nécessaire que ça change car, pendant longtemps, nous avons essayé la gouvernance sans les femmes et avons vu ses limites, alors que la participation des femmes à la prise des décisions relatives à la gestion de la communauté, s’est avérée ailleurs comme une recette efficace pour accélérer la marche vers le développement.

Quelles sont les motifs qui militent en faveur d'une élection massive des femmes lors du scrutin du 17 mai prochain ?

Malheureusement à l’étape où nous sommes, nous ne pouvons plus espérer que les femmes sortent massivement gagnantes du scrutin du 17 mai prochain. Car, pour qu’il en soit ainsi, il aurait fallu qu’elles soient massivement positionnées pour gagner. Or, selon les chiffres de Social Watch bénin qui s’est essayé à l’examen des listes de candidatures publiées par la CENA, sur les 18 150 candidats (titulaires et suppléantes) que totalisent les 05 listes en compétition, il n’y a que 1711 femmes, ce qui représentent 9,43%. Elles sont 8% alignées comme titulaires, la plupart dans des positions qui ne leur assurent pas la victoire, et 11% comme suppléantes.

On peut cependant nourrir l’espoir que le taux actuel (04%) de représentativité des femmes dans les conseils communaux s’améliore un peu à l’issue de ces élections. Du moins, c’est mon souhait.

Un appel à lancer à l'endroit des électeurs béninois ?

Pas un mais deux appels. D’abord je les exhorte à accorder leurs suffrages, le 17 mai prochain, aux listes qui comportent plus de femmes et qui sont à de bonnes positions. Ensuite, je les invite à continuer de respecter les mesures barrières prescrites par le gouvernement et de suivre les consignes particulières qui seront données le jour du vote pour éviter que le coronavirus ne se propage dans notre pays comme il a déjà fait ailleurs.

 

NB: Cette interview a été réalisée avec le soutien du Consortium Wanep-Rifonga dans le cadre du projet RECAFEM4 mis en œuvre avec l’accompagnement technique de CARE Bénin-Togo et le soutien financier de la Coopération Suisse au Bénin.