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Communales 2020 : «il serait profitable de donner la chance aux femmes d’investir les pouvoirs de décision»

Banouto
publié le Mar 11, 2020

Expert des questions de gouvernance, Guy Constant Ehoumi se prononce sur les élections communales et municipales du 17 mai 2020. Il évoque les raisons pour les chefs de partis de positionner, et très bien, les femmes sur les listes de candidature.

guy-constant-ehoumi Guy Constant Ehoumi, expert des questions de gouvernance publique

Représentant plus de la moitié de la population béninoise, les femmes sont jusque-là marginalisées dans les instances de prise de décisions. Depuis l’avènement de la décentralisation au Bénin avec l’élection des premiers maires en 2003, moins de 5% de femmes ont été élues dans les conseils municipaux et communaux. Une situation qui n’honore guère le Bénin, de l’avis des experts en genre et gouvernance publique. Nombreux sont les spécialistes qui estiment cette injustice à l’encontre de la gent féminine doit être corrigée.

Expert en gouvernance publique, Guy Constant Ehoumi pense que les élections communales et municipales sont une belle occasion d’améliorer la représentativité des femmes dans les instances de prise de décisions. L’expert évoque les raisons de positionner et très bien les femmes sur les listes de candidature. Il lance un appel aux chefs de partis politiques à la veille de la clôture des dépôts de candidature et souligne que 24 heures sont suffisantes pour le faire. Interview.

 

Banouto : Les élections communales et municipales sont prévues dans quelques semaines. Quel regard jetez-vous sur le processus en qualité d’expert des questions de gouvernance et de gestion des affaires publiques ?

Guy Constant Ehoumi : Je crois que tout ce processus tel que cela se fait, tout va bien et il faut souhaiter que cela aille jusqu’au bout.

Comme lors des dernières échéances électorales, on voit les femmes se battent de plus en plus pour se faire une place en politique.

Il faut constater avec joie que nous quittons tout doucement la peur qu’il y avait au niveau de la gent féminine qui, entre temps, n’aimait pas s’approcher de la chose politique, ne voulait même pas laisser entendre sa voix. Mais depuis quelques années, les femmes s’y engagent et vous voyez qu’il y a beaucoup d’organisations non gouvernementales qui ont sensibilisé les femmes à cela, qu’elles soient lettrées ou pas. Aujourd’hui, nous constatons que de plus en plus dans nos campagnes et contrées les femmes s’y adonnent. Ce qui est à l’avantage du pays.

Quand vous voyez comment les femmes parlent, vous constatez réellement que depuis même la base où on s’organise en petites structures pour des activités génératrices de revenus, elles se forment à la gestion associative. Les femmes intellectuelles pour la plupart trouvent qu’il faut prendre part à la gestion des affaires de la cité. Je pense que c’est une bonne chose pour le Bénin. Et si nous pouvons avoir une réforme positive à ce niveau pour que les femmes puissent aussi arriver dans les structures de gestion des affaires de la cité, le Bénin en tirera grand profit, car si vous voyez leur nombre, les femmes font plus de la moitié de la population béninoise.

Les femmes sont nombreuses, mais est-ce qu’elles ont des armes pour la gestion des affaires de la cité ?

Des femmes ont été sensibilisées et même bien formées. Cela voudra dire que ce n’est plus une génération spontanée. Il y a donc de la matière. Comme dans la dynamique des réponses, et je crois que c'est une réforme majeure. Mettre les femmes aussi au-devant de la scène, pour gérer la cité. Quand on va commencer par le bas tout doucement, nous allons migrer pour que d'ici à la, on puisse avoir 50% d'hommes et 50 % de femmes au parlement, au gouvernement, dans les institutions de la République. Ainsi, vous allez voir que le Bénin sera un espace où on peut respirer mieux en ce qui concerne la bonne gouvernance. Je crois que la dynamique est là aujourd'hui, et il y a de la matière. Confions-leur la tâche, et attendons leurs résultats.

Le constat est d’ailleurs en leur faveur en matière de bonne gouvernance.

On peut dire sans ambages qu’il est très rare d’apprendre qu’une femme a été interpellée pour motif de mauvaise gestion. La femme gère mieux les ressources mises à sa disposition.  C’est à l’actif de la gent féminine et c’est pour le bonheur de nous, peuple béninois.

Il serait profitable pour nous de leur donner la chance d’être nombreuses à investir les pouvoirs de décision pour que nous puissions faire l’expérience de la gestion de la femme.

Les hommes ont pu gérer jusque-là.  Mais le constat est que les hommes sont toujours indexés, quand on parle de mauvaise gestion des ressources publiques. Il faut peut-être saisir la balle au bond pour donner la chance aux femmes pour de nouvelles expériences.

Dans quelques heures, la Commission électorale nationale autonome (CENA) clôturera les dépôts de candidature.  Quelle doit être la partition des chefs de partis politiques pour que les femmes soient mieux positionnées ?

Je souhaite que le Bénin fasse à nouveau parler de lui. Les chefs de partis doivent faire en sorte que les femmes soient très bien positionnées sur les listes.

Il faut qu’il y ait 50% de femmes et 50% d’hommes.

Il faut aussi que les femmes soient positionnées en alternance. Quand on met une femme tête de liste, il faut qu’on mette un homme et que la 3ème personne soit une femme. Ou si on fait d’un homme tête de liste, il faut que la 2è sur la liste soit une femme, la 3ème un homme, la 4ème une femme. Si on peut l’alterner de cette manière, je crois que nous aurons une liste de bonne facture.

L’occasion est là. Le temps est encore favorable de mettre les femmes à la bonne position. 24 heures suffisent pour le faire. Je plaide pour qu'en 24h même, au soir du mercredi 11 mars, ça soit une réalité.

Bien positionner les femmes sur les listes de candidature. N’est-ce pas un beau cadeau des chefs de partis politiques pour la gent féminine en ce mois de mars, mois de la femme ?

Je ne pourrai parler de cadeau. Les hommes et les femmes sont égaux. L'homme a des droits, la femme aussi. Nous avons les mêmes droits. A partir de cet instant, c'est justice que de mettre les femmes en bonnes positions, en s'appuyant sur le 08 mars qui est une journée de célébration de la femme. Les femmes vont retenir que le 08 mars 2020, les chefs de partis politiques ont corrigé une injustice, en leur donnant des places qu’elles méritent.

Un appel à l'endroit des acteurs politiques

Choisir les femmes qu'il faut, et les positionner à la place qu'il faut, pas pour gonfler les listes, pas pour faire le nombre, mais pour leur permettre vraiment d'accéder à la gestion de la chose publique à la base et que au soir des élections que nous puissions avoir un nombre important, voire 50% d'hommes, 50% de femmes. A défaut, qu’on puisse avoir pour le départ 25% de femmes.