Pauvreté au Bénin : deux ministres de Talon indexent le franc CFA

Yao Hervé Kingbêwé
publié le Apr 12, 2017

Y-a-t-il un lien entre la pauvreté dans laquelle végète le Bénin et le franc CFA ? Les autorités béninoises en sont aujourd’hui à se demander si la réponse à cette interrogation n’est pas oui.

Sacca Lafia, le ministre béninois de l'Intérieur et de la sécurité publique

Dans le cadre des consultations en vue de l’élaboration de la nouvelle stratégie de la Banque mondiale pour le Bénin tenues le mois dernier, deux ministres du gouvernement béninois ont clairement indexé le franc CFA comme étant l’une des sources de pauvreté.

Comme un « fourreau des  andragons »

Selon une récente étude de la Banque mondiale, la pauvreté s’est constamment accrue au Bénin ces dix dernières années. Cette même étude révèle qu’à l’instar du Bénin, d’autres pays de la sous-région ouest-africaine, à savoir le Togo, le Burkina-Faso et même la Côte-d’Ivoire ayant le franc CFA en partage subissent cette croissance de la pauvreté. Un constat qui n’a pas échappé au ministre béninois de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Sacca Lafia. « Je me demande si ce n’est pas lié, non pas, à la langue mais au système monétaire », s’est-il interrogé face aux émissaires de la Banque mondiale.

Ce système monétaire, à en croire le ministre Lafia, est comparable à un « fourreau des  andragons », c’est-à-dire à quelque chose pas très important.

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« L’argent des riches » 

Utilisée par des centaines de millions d’Africains, le  franc CFA est une monnaie arrimée à l’euro, la monnaie européenne. Ce que ne conçoit pas non plus le patron des flics béninois qui estime que c’est une monnaie, non pas, pour pauvres mais plutôt pour riche.

« Nous dépensons l’argent des riches alors que nous sommes pauvres », dénonce Sacca Lafia.

Il est soutenu dans cette analyse par son collègue Lazare Sèhouéto en charge du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat. Il pense que les difficultés qu’endurent les acteurs économiques dans les relations commerciales avec le Nigeria est du fait de cette monnaie. « La plupart des hommes d’affaires ont décidé de transporter l’argent de Cotonou à Lagos parce que, avant, ils déposaient de l’argent dans certaines banques qu’ils récupéraient dans les banques au Nigeria. La réalité, c’est qu’avec la banque centrale de ce pays, compte tenu des difficultés, c’est de moins en moins acceptable », a fait savoir le ministre Sèhouéto. Ces  réactions des autorités béninoises interviennent dans un contexte de montée en flèche des récriminations contre le franc Cfa sur le continent africain.