Transport au Bénin : des actes de corruption révélés par des enquêtes de journalistes

Donald Kévin Gayet (Stag)
publié le May 21, 2020

Les journalistes Affissou Anorin et Marie Louise Bidias ont présentés les résultats des enquêtes sur les « faux frais » et « taxes abusives » sur le transport et dans les gares  routières. C’était mardi 19 mai 2020 à la Maison des médias à Cotonou.

Une gare routière au Bénin

Au Bénin, des usagers continuent de faire les frais d’actes de corruption sur les axes et gares routières. Les résultats des enquêtes des journalistes Affissou Anorin sur « les faux frais dans le transport » et de Marie Louise Bidias sur les « taxes abusives collectées dans les gares » en ont fait cas. Les présentations de ces résultats d’investigation journalistique ont eu lieu mardi 19 mai 2020 à la Maison des médias à Cotonou.  

Ces présentations de résultats d’investigations entrent dans le cadre du projet « Pour des médias plus professionnels » financé par Open Society Initiative for West Africa (OSIWA). Selon Alain Sessou Gbénou, Directeur de la Maison des médias et coordonnateur du projet, l’objectif vise à promouvoir le genre « enquête » dans les habitudes des journalistes au Bénin. 

Faux frais dans le transport routier

Le journaliste Affissou Anorin du quotidien la « Presse du jour » a relevé dans ces résultats d’enquête des cas de rançonnements sur les axes routiers du Bénin. « Des témoignages recueillis font état de ce que pour quitter Malanville pour Dantokpa avec un chargement d’oignon dans un camion Titan, il faut prévoir jusqu’à 400 mille de frais de route », a-t-il fait savoir. Mais le journaliste a noté une réduction d’actes de rançonnements  depuis la disparition des « barrières sauvage de policiers » sur les axes routiers.   

Affissou Anorin a soulevé dans ses travaux une incompréhension en ce qui concerne le nombre des postes des douanes sur les routes. Selon lui, « il y a pas moins de trois postes de douane sur l’axe Cotonou-Kraké, un tronçon de moins de 30 kilomètres ». Il a précisé que ce positionnement de poste est contraire aux dispositions du décret N°2013-546 du 24 décembre 2013 qui limite à 1 le nombre de poste de contrôle sur cet axe routier. 

Le journaliste d’investigation a mis un accent particulier sur un terreau favorable au rançonnement sur les axes routiers du côté des douaniers. « La présence des Klébés ou arracheurs de billets au côté des douaniers. Ils sont chargés de percevoir l’argent de la fraude pour le compte des douaniers qui ne veulent pas prendre le risque d’être pris en flagrant délit de corruption », a-t-il fait remarquer. 

Taxes abusives collectées dans les gares routières

Marie-Louise Bidias, journaliste à « Mayro magazine » a réalisé son enquête sur le thème « Gares routières au Bénin : des taxes abusives collectées en toute impunité ». Le choix de ce sujet, selon elle, est motivé par une série d’échanges avec des conducteurs de véhicules de transport des gares routières.

Ces échanges ont abouti à un constat de corruption dans la collecte des taxes de la mairie et des cotisations syndicales dans les gares routières. Elle a évoqué notamment une multitude de tickets parallèles dans les gares routières.  

« Notre enquête a décelé une gestion opaque des collectes des taxes dans les gares routières au Bénin et même dans des cotisations syndicales perçues par les associations », a-t-elle relevé dans la présentation des résultats de son travail.

Les parties concernées ont justifié la légalité ou non de ces taxes. Selon la journaliste, l’Association des conducteurs et transporteurs du Bénin (ACTB) estime que la collecte de ces cotisations syndicales n’est pas réglementaire et ne doit aucunement être perçue à chaque chargement de véhicule.  

Mais du côté du Collectif des syndicats de conducteurs et transporteurs du Bénin (COSYCOTRAB), on justifie cette collecte en application à « la lettre circulaire du 5 avril 2005 du ministère de l’intérieur portant mise en œuvre des modalités pratiques de la nouvelle formule de gestion des gares routières au Bénin ».   

Selon la journaliste, « certaines communes dont celle d’Akpro-Missérété ont suspendu les taxes syndicales dans leurs gares. Mais force est de constater l’existence des gares routières informelles qui échappent à la gestion communale ».   

Pour Marie Louise Bidias, l’enquête vise à relever au grand jour la face cachée de ces systèmes de collecte de taxes sur les gares. Et il est constaté que des collectes échappent au contrôle des autorités communales.

Elle a confié avoir noté la réaction d’une autorité après la publication de son enquête. « Le maire de Cotonou, Isidore Gnonlonfoun a réagi à travers un arrêté municipal portant interdiction de placement et de recouvrement des tickets par des syndicats de conducteurs et assimilés», fait savoir la journaliste.