TEC-CEDEAO et épargne publique au Bénin: des journalistes révèlent des écarts entre les textes et la réalité

Ozias Hounguè
publié le May 19, 2020

Deux journalistes béninois ont présenté vendredi 15 mai 2020 les résultats de leurs travaux sur la collecte de l’épargne publique et le Tarif extérieur commun (TEC-CEDEAO). Des enquêtes journalistiques qui ont révélé des défaillances dans la collecte de l’épargne publique au Bénin et des difficultés à appliquer le TEC dans les pays de la CEDEAO.

De gauche à droite les journalistes Olivier Allochémé et Jacques Boko

Les journalistes Jacques Boko et Olivier Allochémé ont exposé les résultats de leurs travaux d’enquête. Vendredi 15 mai 2020 à la Maison des médias à Cotonou, les résultats des enquêtes réalisées dans le cadre du projet « Pour des médias plus professionnels », financé par Open society initiative for West africa (OSIWA) ont été présentés au public. Il s’agit de deux sujets d’enquête de plusieurs séries d’investigation.

Mauvaise gouvernance du secteur de l’épargne publique au Bénin

La première enquête Intitulée « Collecte de l’épargne publique au Bénin : l’arnaque défie la loi » est l’œuvre du journaliste, Jacques Boko, rédacteur en chef au quotidien « Matin Libre ». L’auteur présente l’existence de structures de collecte de tontine avec appel public en violation des textes et lois juridiques au Bénin.

Selon les résultats de l’enquête, il se pose le problème d’une réelle gouvernance dans le secteur de la collecte de l’épargne publique au Bénin malgré le dossier Icc-Services, une affaire de placement d’argent qui s’est révélée une arnaque portant sur 155, 6 milliards de FCFA collectés auprès de 150.000 victimes. « Des structures et des personnes physiques s’installent sans agrément et opèrent parfois sur une longue période en violation de la règlementation en vigueur, sans être inquiétées et puis disparaissent dans la nature », souligne Jacques Boko.  Il précise que ces nouvelles structures de collecte de l’épargne publique poussent également comme des champions sur les réseaux et font des milliers de victimes.

 Le TEC-CEDEAO, « l’âge d’or » de la fraude

L’application d’une des réformes phares du principe de libre-échange de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a fait l’objet d’une enquête journalistique dans le cadre du projet. « Tarif extérieur commun (TEC) : La fraude comme voie de contournement », c’est la seconde enquête réalisée par Olivier Allochémé, rédacteur en chef du journal « L’Evènement Précis ».

Ce travail journalistique permet de comprendre le fossé entre les textes du Tarif extérieur commun de la CEDEAO et leur non-application par ses pays membres. Une non-application du TEC-CEDEAO qui a permis à la fraude douanière d’atteindre son « âge d’or » selon le journaliste.

Il explique avoir découvert au niveau des différentes frontières du Bénin avec ses voisins de la CEDEAO que les importateurs utilisent des voies de contournements du cordon douanier afin d’éviter de payer la douane. « Pour ce qui concerne la frontière du Nigéria, les industriels béninois que nous avons rencontrés avouent que malgré le TEC-CEDEAO, il est presque impossible de faire passer au Nigéria leurs produits fabriqués au Bénin », précise Olivier Allochémé.

Il affirme que les résultats de son enquête ont montré que « l’application sélective du TEC-CEDEAO » par les Etats pénalise l’économie béninoise créant un déficit commercial ainsi qu’une réduction de ses recettes douanières. « Les stratégies de fraudes développées par les acteurs ainsi que la mauvaise foi des Etats rendent nécessaires la mise en place de mesures plus proactives », ajoute-t-il.