Bénin/SONACOP : les graves révélations de mauvaise gestion à l’exercice 2018

Olivier Ribouis
publié le Jul 26, 2019

Déjà entre les mains des autorités béninoises selon nos sources, le rapport d’audit de la Société Nationale de Commercialisation des Produits Pétroliers (SONACOP)  sur l’exercice clos au 31 décembre 2018 fait état de plusieurs actes de mauvaise gestion.

sonacop Le siège national de la SONACOP à Cotonou

« A la lumière des travaux que nous avons effectués lors de nos vérifications spécifiques ou sur les autres informations, nous concluons à la présence d'une anomalie significative ».  Les conclusions des experts comptables commis pour l’audition des finances de la Société Nationale de Commercialisation des Produits Pétroliers (SONACOP) sont sans appel. Cette société d’Etat, disent-ils, est dans une situation, qui « si elle se poursuit, indique l'existence d'une incertitude significative susceptible de mettre en cause la continuité de l'exploitation ». Le rapport signale que, « depuis le début de l'année 2019, la SONACOP éprouve d'énormes difficultés d'approvisionnement en produits pétroliers et partant, d'alimentation de ses stations ».

Les actes de mauvaise gestion

Sur la base des constations des experts comptables qui ont fouiné dans la trésorerie de la SONACOP, il y a une mauvaise gestion à la peau dure dans cette société d’Etat qui ne répond plus convenablement à sa mission de fournisseur de produits pétroliers aux Béninois. En ce qui concerne le présent rapport sur l’exercice clos le 31 décembre 2018, les auditeurs indiquent qu’ils n’ont pas « pu confirmer le solde des comptes clients qui s'élève à 1 l 070 742 562 F CFA au 31 décembre 2018. On note l'absence de procédures de recouvrement des créances et l'impossibilité de justifier ces créances au moyen d'autres procédures car la plupart de ces clients n'existent plus légalement et l'essentiel des créances datent de plus de deux décennies ».

Les observations relèvent l’existence de « soldes clients créditeurs d'un montant de 1l 736 057 423 F CFA dont 6 397 626 026 F CFA n'ont pas connu de mouvement au cours de l'exercice ». La mauvaise santé financière de la Société d’Etat tient également à des pertes qu’elle enregistre. Il est signalé, une « insuffisance de dépréciation des créances douteuses d'un montant de 4 011 844 468 F CFA. Les créances douteuses n'ont fait l'objet de dépréciation malgré l'impossibilité de recouvrer lesdites créances ». Cette dépréciation des clients pour la commission aurait dû être comptabilisée.

Autre manquement noté, une « absence de justification et d'apurement des comptes fournisseurs d'un montant de 4 714 047 287 F CFA ».

En terme de dépenses, le rapport signale « l'engagement des charges non autorisées par le Conseil d'Administration au profit des dirigeants ».  A ce niveau, l'impact sur le résultat avant impôt sur les sociétés de l'exercice 2018 est évalué à « 31 417 485 F CFA ».  La manipulation irrégulière de fonds concerne aussi des dépenses non justifiées. Le rapport fait état d’« absence de justification de la comptabilisation en autres charges de publicité et relations publiques d'un montant de 79 957 500 F CFA ». Et pour une raison qu’on ignore, on note une « sous-estimation d'un montant de 2 873 100 de la trésorerie disponible ».

billet-cfa Où est passé l'argent de la SONACOP ?

Les pièces comptables posent également problème à l’appréciation des experts  qui apprennent que contrairement aux dispositions de l'Acte uniforme relatif au droit comptable et à l'information financière & système comptable OHADA, les comptes annuels présentés par l’administration de la SONACOP « ne comportent pas l'évaluation et la provision de l'impôt de réévaluation libre sur l'écart de réévaluation inscrit au bilan s'élève à 21 143 725 561 F CFA ». La conséquence directe, relevée, est « la surévaluation du résultat avant impôt sur les sociétés de d'un montant de 6 343 117 668 F CFA ». Même constat pour « l'évaluation et la provision des engagements de retraite et autres avantages assimilés », qui ne sont pas signalés dans les comptes annuels présentés. Cela a nécessairement des conséquences que les auditeurs n’ont pas été en mesure d’évaluer, estimant qu’«un actuaire donnerait avec une précision acceptable le montant ».

Déjà révélés dans les rapports d’audits des exercices 2015 à 2017, les écarts entre les bons imprimés, les factures générées et les factures comptabilisées d'une part et d'autre part entre les retours émis, les factures d'avoir générées et les factures d'avoir comptabilisées sont encore d’actualité.

Endettée, la SONACOP s’est retrouvée dans une situation où l’Etat a dû faire recours au trésor public pour lui venir à la rescousse.  « L'Etat a apporté à la société des apports en compte courant d'un montant de 19 367 801 210 F CFA ».  Chose normale, est-on tenté de dire. Sauf que, des constatations des auditeurs, « ces apports ayant servi au remboursement des dettes financières et autres ne sont pas appuyés par des conventions précisant les conditions de rémunération et de remboursement ». Un flou à ce niveau donc.

Dans cette société où rien ne va si on s’en tient à cet audit, même "La Continentale des Pétroles et d'Investissements (CPI)" qui est le présumé actionnaire « est resté débiteur au 31 décembre 2018 et ce, depuis 2005, en l'absence de toute convention, pour un montant de sept milliards huit cent vingt-huit millions vingt-six mille cent quatre-vingt-quinze (7 828 026 195) francs CFA ».