Bénin - Trésors royaux : 16 récades, 08 sabres et 04 objets de culte revenus de France

Olivier Ribouis
publié le Jan 18, 2020

 Sis à Lobozounkpa dans la commune d’Abomey-Calavi, l’espace culturel Le Centre a officiellement accueilli 28 œuvres culturelles de grande valeur historique dont 16 récades, 08 sabres et 04 objets de culte fon revenus de France. Ceci, grâce à la philanthropie du Français Robert Vallois et des membres du collectif des antiquaires de Saint-Germain-des Prés.

petit-musee-recade-benin Un visiteur au " Petit musée de la Récade"

Des trésors royaux de retour au Bénin. Ce n’est pas encore ceux promis par le gouvernement français à l’Etat béninois. Ce sont des œuvres d’une autre catégorie rétrocédées au Bénin dans le cadre d’un acte purement philanthropique du collectionneur français Robert Vallois et son épouse ainsi que des membres du collectif des antiquaires de Saint-Germain-des Prés.

A l’espace culturel Le Centre  sis à Lobozounkpa dans la commune d’Abomey-Calavi, ce sont 28 œuvres culturelles qui ont été accueillies vendredi 17 janvier 2020. Revenues de France les œuvres dont 16 récades, 08 sabres et 04 objets de culte fon ont reçu un accueil remarquable avec un programme chargé avec en ouverture, une performance Vodoun de l’artiste Prince Toffâ drainant derrière lui toute une foule depuis une intersection de la route inter-Etat Cotonou-Lomé à l’intérieur du Centre.

Désormais sur leur terre, les 28 œuvres logent dans l’enceinte du " Petit musée de la Récade" qu’abrite également le vaste espace culturel Le Centre qui a pour promoteur le célèbre peintre et sculpteur béninois Dominique Zinkpè. Inauguré le 1er décembre 2015 le " Petit musée de la Récade" où sont rangées les 28 nouvelles œuvres fait-il savoir, « répond aux normes internationales » et est « unique au monde ».  Avec ces nouveaux dons de Robert Vallois qui n'est pas à son premier acte, ce sont 128 récades et objets royaux qui peuplent le " Petit musée de la Récade".

« Qui a vu une récade a vu le roi »

petit-musee-recade-benin Un visiteur au " Petit musée de la Récade"

Si pour accueillir les récades, Dominique Zinkpè et ses collaborateurs ont orchestré toute une manifestation chaleureusement animé par un groupe de rythme Akonhoun, destiné à la réjouissance dans les cours royales d’Abomey c’est bien  à dessein. La récade est un objet chargé d’histoire.  Selon Marius Dakpogan, Conservateur et guide du Petit musée de la Récade,  c’est un bâton de commandement qu’utilisait les roi du Danxomè. Appelé « Mankpô » littéralement « bâton de la rage » en langue fon, le sceptre représente l’autorité royale. D’usage depuis le XVIIè siècle, la récade remise à un messager servait notamment  à authentifier le message du roi auprès du destinataire. L’objet à la tête crochue souvent posé sur l’épaule gauche avec une manche semblable à celle d’une houe et tenue par la main droite, a avec le temps connu d’autres usages. La récade sert régulièrement d’instrument de danse pour les artistes musiciens. En dehors donc des sceptres royaux, il y a aussi entre autres, la récade des ambassadeurs, les récades contemporaines.

Le retour des 28 œuvres réjouit particulièrement les autorités béninoises. « Kwabo », « E kabo », « Mèwé zon », a lancé Eric Totah, Directeur de cabinet du ministre béninois de la Culture, pour souhaiter les bienvenus aux objets dans différents dialectes. « Revenues après avoir exploré d’autres horizons », ces récades serviront selon lui, à mieux enseigner l’histoire du Bénin aux apprenants et curieux qui visitent le centre.  Le geste de Robert Vallois, pense Eric Totah tombe à point nommé dans un contexte où le Bénin attend 26 pièces de son patrimoine culturel déporté en France pendant la colonisation. Comme lui, Christian Kpobli, le chef de l’arrondissement de Godomey est content de retrouver « un symbole de l’autorité royale » sur son sol.

Le donateur qui sillustre par ses actes philanthropiques depuis une dizaine d'années au Bénin, se réjouit de faire œuvre utile. « Aujourd’hui c’est une fête. C’est le retour d’un petit morceau de l’histoire du Bénin », a déclaré le philanthrope sans trop discourir.

En portant pour la première fois leurs yeux sur ces œuvres anciennes, les conviés à cet évènement ont remontant le temps. Ils peuvent se targuer désormais d’avoir vu les rois à qui ont appartenus ces sceptres. « "Qui a vu la Récade d’un roi a vu le roi lui-même" dit-on dans notre tradition », a rapporté Dominique Zinkpè au moment de convier ses invités à visiter les sceptres du Petit Musée de la Récade qui a déjà reçu plus de 50.000 personnes de toutes les nationalités depuis son inauguration en 2015.