Restitution des trésors royaux: les insuffisances de la réponse de Talon sur «Internationales»

Christian Abouta(Contribution)
publié le Apr 24, 2018

L’an II de l’avènement du président Talon au pouvoir a été marqué principalement par la communication sur les actions menées mais surtout par un entretien.

patrice talon a l'elysee Le président béninois, Patrice Talon à l'Elysée en mars 2018

Dimanche 22 avril 2018 l’émission « Internationales » des médias Rfi, Tv5 et le journal «Le Monde» a reçu un invité spécial, Patrice Talon, président de la République du Bénin. Dans un style direct et sans langue de bois, le président béninois a abordé avec les deux journalistes Francis Kpatinde et Françoise Joly l’actualité nationale et sa gouvernance.

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Lors de cet entretien, toutes les thématiques ont été abordées et le président béninois, dans le style qu’on lui connaît, a répondu à toutes les questions sans en esquiver une. Même sur les questions très controversées de soupçon de délit d’initié, copinage ou du clan Talon, de la révision de la constitution ou du mandat unique et des reformes, le président est resté impassible et pertinent dans ses réponses. On peut ne pas soutenir ses actions, mais on sait avec précision que les actions menées jusque-là concourent toutes à la réalisation de son programme le « Bénin Révélé ». Toutefois, sur le rapatriement des œuvres d’arts, il a éludé des aspects de la question qui constituent l’essence même de la demande.

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A la question de Françoise Joly sur la restitution des œuvres comme une sorte de réparation des liens qu’ont eus la France et le Bénin au cours de leur histoire, notamment de la colonisation, le président a répondu par la négative. Pour lui, le Bénin n’est pas dans une démarche de réparation mais dans la coopération afin de donner corps au volet touristique du programme le «Bénin révélé ». S’il est pertinent que les autorités privilégient la coopération, du fait de l’absence d’un cadre juridique-ce qui n’est pas en notre faveur-il est indispensable de ne pas voir en ses œuvres que des instants pour le tourisme.

Le tourisme que le gouvernement entend développer autour de ces œuvres, sera donc un plus. Toute restitution basée rien que sur le développement du tourisme est une sorte de profanation de ces œuvres.

Les pays africains et le Bénin en particulier, « pays de culture Vodoun » selon les propos du chef de l’Etat, ont les représentations symboliques comme principale mode d’expression et de contact avec les entités spirituelles qui gouvernent leurs vies sur terre. Dans un tel contexte, un objet d’art est plus qu’une curiosité touristique. Ces objets d’art subsument l’histoire culturelle, spirituelle et politique de notre pays. Ce ne sont donc plus juste des objets d’art, qui peuvent être un atout touristique. Une récade royale quelle qu’en soit la beauté ou la laideur, ne peut jamais être comparé à la Joconde du très grand Léonard de Vinci estimé à près de 500 millions de dollars. Pour la simple raison qu’une récade est une œuvre anonyme, représente le roi et est respecté comme tel. Il ne doit donc ni faire objet de marchandage économique, ni comme une curiosité touristique. La restitution de ces œuvres ou une partie d’elles, est la restauration de notre histoire politique, culturelle ou spirituelle. Le tourisme que le gouvernement entend développer autour de ces œuvres, sera donc un plus. Toute restitution basée rien que sur le développement du tourisme est une sorte de profanation de ces œuvres.

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Toutefois, il est important d’ajouter que ce fut la dernière question des journalistes à un moment où il ne reste qu’une minute d’émission. Le président n’a donc plus assez de temps pour répondre amplement et avec la verve qu’on lui connaît en général et particulièrement sur cette question.

Par Christian Abouta, Sociologue-Evaluateur