Concert Wood-Sound : ivresse de folklores béninois au Centre de Lobozounkpa

Olivier Ribouis
publié le Apr 24, 2018

Samedi 21 avril à l’espace culturel Le Centre à Lobozounkpa dans la commune d’Abomey-Calavi, ils sont nombreux, spectateurs  béninois  et expatriés, artistes plasticiens, journalistes et autres à n’avoir pas pu résister aux tambours du groupe béninois de musique Wood-Sound.

wood-sound-bonnaventure-didolanvi Concert Wood-Sound à l'espace culturel artistique Le Centre

Ils ont manqué un moment de s’évader. Ceux qui n’ont pas jugé bon de se rendre au concert du groupe béninois de musique Wood-Sound n’ont pas eu la chance de danser comme certains qui ont connu la joie de danser samedi 21 avril à l’espace culturel Le Centre à Lobozounkpa.  C’était vraiment chaud ! Tout feu tout flamme ! A plusieurs reprises, le public a envahi la piste pour esquisser des pas de  danse. Chacun y est allé selon son inspiration, parfois sans chercher une justesse de professionnelle de l’art de savoir bouger son corps au rythme des instruments de musique. Ayant mis entre parenthèses son travail de reporter, Paterne Tchaou journaliste culturel béninois s’est retrouvé ivre de bonheur à danser au milieu de la foule de spectateurs incontinents. « Voilà, ça c’est une musique qui me dit » lance-t-il revenu parmi ses confrères après une partie de danse. Par ailleurs promoteur du Festival des Arts Mahi et Ifè (FAMI), Paterne n’est pas le seul  journaliste culturel à se noyer dans les tambours de Wood-Sound ce soir. Teddy Gandigbé, journaliste culturel  au quotidien Matin Libre, y est allé avec des pas remarquables de danse de la cité historique d’Abomey.

Comme ces journalistes, Sika Laureta, artiste plasticienne a révélé devant Wood-Sound des qualités de danseuse qu’on ne lui connaissait pas. On aurait cru une des danseuses de mbala avec la star sénégalaise Youssou Ndour. Dans une longue robe, la jeune plasticienne performeuse a ravi plus d’un avec la danse  du terroir de la Terranga.

Si chez elle et les autres on peut facilement comprendre cet instinct dansant sur des rythmes béninois et africains,  l’un des incontrôlables danseurs est une expatriée, une Européenne perdue de vue au terme du spectacle auquel elle a fortement participé. Comme s’il lui était impossible de se tenir à sa place, elle s’est transportée à plusieurs reprises sur la piste pour bouger, danser, se faire plaisir et faire plaisir aux musiciens dont les talents se trouvent ainsi récompensés.

Si tu suis un concert de Wood-Sound, c’est sûr, tu rentres avec fierté, la joie au cœur.»

Djaou Didolanvi

Le groove du tam-tam qui chasse les mauvais esprits

wood-sound-tam-tam-concert-benin Les tam-tams souffrent

Quand on dit Wood-Sound, il n’y a pas à se casser la tête, c’est un groupe de musique moderne à d’inspiration traditionnelle jouant des rythmes variés avec des tambours.  Chez le groupe de six mené de main de maître par Bonaventure Didolanvi, trois kpahlouè ( sorte de tam-tam long de plus d’un mètre), un Ahouangbahoun ( tambours  ventru à double face) deux guitares, une cymbale, des sonnettes, et le gon constituent  l’essentiel des instruments.

« La base du groupe, c’est d’abord la percussion. Il y a une percussion spéciale, le Kpahlouè. C’est sur ça nous nous basons. Avec ces tam-tams, on a des sonorités d’un peu partout »

Sans batterie conventionnelle  et instrument à vent, ils visitent le patrimoine musical béninois. Les classiques de musiques populaires dont le zinli, le massè du sud-Bénin, le têkê du septentrion et des rythmes des autres régions du pays sont servis au public qui en raffole. Mais, ils ne restent pas dans les limites nationales.  L’Afrobeat,  le hip-hop, le mbala sont aussi joués. Cet éclectisme selon Djaou Didolanvi, jeune frère du leader du groupe et un des percussionnistes de Wood Sound obéit à une dynamique. « Notre vision c’est faire un brassage entre cultures : ce que nous avons et ce que l’extérieur nous apporte pour qu’on sente que vraiment, avec ce que nous avons, on peut aller très loin » a-t-il dit.

En ce qui concerne cette particularité à remplacer les instruments de musique moderne par les tam-tams, il y a également une logique de départ. « La base du groupe, c’est d’abord la percussion. Il y a une percussion spéciale, le Kpahlouè. C’est sur ça nous nous basons. Avec ces tam-tams, on a des sonorités d’un peu partout » a-t-il d’abord expliqué avant de parler de l’avènement du tambour à double face dite Ahouangbahoun : « Au début, c’était rien que des tams-tams kpahlouè mais nous avons constaté que ça ne groovait pas assez. On avait besoin d’une sonorité un peu plus lourde. Ce tam-tam, on l’appelle Ahouangbahoun, un tam-tam qui chasse les mauvais esprits. C’est un son vraiment gros qui nous permet de groover et sert en une sorte de batterie pour avoir des sonorités de l’Europe ».

« Un objectif : amuser le public »

wood-sound-concert-benin Le public s'amuse devant les musiciens de Wood-Sound

Si le public s’est bien amusé, ce n’est pas l’effet d’un hasard. Les morceaux choisis pour accompagner les mélodies sont tous amusants et agrémentent le spectacle.  « Toutes les fois où nous devons prester, nous avons un objectif : amuser le public,  amuser les gens, leur donner la joie au cœur. Si tu suis un concert de Wood-Sound, c’est sûr, tu rentres avec fierté, la joie au cœur. C’est très important » a assuré Djaou.  Pour ce but atteint, il ne manque pas d’être reconnaissant à l’égard du public qui a su répondre. « Nous avons eu un public charmant, un public qui était dans le mouvement, qui nous a donné beaucoup plus de la joie au cœur. Et ça nous a beaucoup poussés » s’est réjoui ce fils de musicien. Il faut dire que les Didolanvi ont hérité la musique de leur père Félix Didolanvi, un célèbre chantre de l’Eglise du christianisme céleste. Créé en 2008, Wood Sound, -le son du bois en français-, fête bientôt ses dix ans d’existence. Une occasion qui ne passera certainement pas inaperçue et que beaucoup saisiront pour découvrir ou redécouvrir ces ambassadeurs de la musique béninoise qui ont déjà connu plusieurs pays.