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Accès à la terre : en larmes, des femmes racontent leurs peines à Zogbodomey

Olivier Ribouis
publié le Feb 26, 2020

Mercredi 26 février 2020, la fondation Konrad Adenauer a entamé une série de conférences itinérantes pour l’accès des femmes  à la terre dans le département du Zou. Au village Dovogon dans la commune de Zogbodomey, première étape, on a eu droit à des témoignages affligeants de femmes privées de la terre.

acces-femmes-terre-benin Une des femmes du village de Dovogon à Zogbodomey

Village Dovogon, commune de Zogbodomey  dans le département du Zou au Bénin. La cinquantaine environ, Sètchéwèwa est une mère de famille qui a coulé des larmes devant une foule, mercredi 26 février 2020. Elle est fille unique de sa mère qui a eu d’autres enfants dans une précédente union avant de connaître son géniteur. Elle n’a pu se contenir au moment de témoigner de ce qu’elle vit dans une affaire domaniale.  

Son récit est affligeant. Après avoir payé des sous à gauche et à droite pour récupérer la terre que lui a laissée en héritage sa défunte mère, Sètchéwèwa se retrouve encore aujourd’hui à lutter avec des membres de sa propre famille qui veulent lui arracher le domaine qu’elle exploite. « Ma mère a eu deux mariages. Elle a eu plusieurs terres. A ses enfants issus de son premier mariage, elle a laissé une bonne partie et à moi, elle m’a aussi laissé un domaine. J’ai dû payer des sous pour entrer en possession de cette terre. Mais, aujourd’hui, c’est encore ma famille qui veut m’exproprier parce que je suis femme. Il n’y a que l’Etat, la force publique pour me sauver. Je n’ai que l’Etat à la fois comme père et mère pour me défendre dans cette affaire », raconte-t-elle, dans un récit entrecoupé de sanglots.

 

acces-femmes-terre-benin-zogbodomey-kas Vue partielle des femmes du village de Dovogon à Zogbodomey

Sètchéwèwa n’est pas la seule femme du village à vivre une misère dans l’accès à la terre à Zogbodomey.  Avec un ton encore plus poignant lorsqu’elle raconte sa vie conjugale avec son défunt mari, un médecin polygame, paralysé et décédé avec qui elle a difficilement eu deux garçons, Martine, une veuve du village apprend qu’elle élève ses enfants depuis plusieurs années sans un sous de la famille et sans aucun bien du défunt. « Nous et surtout nous femmes analphabètes sommes flouées et abusées dans ce village… Depuis la mort de mon mari, je n’ai rien vu. Venez m’aider », lance la veuve, s’essuyant les yeux d’un bout de son pagne.  Même histoire chez dame Opportune, mère de 8 enfants dont 04 décédés.  « J’ai 04 enfants vivant dont 03 filles et 01 garçon. Aucune de mes filles n’a eu droit à quoique ce soit dans les biens de leur père décédé il y a 13 ans », témoigne cette veuve proche de la quinquagénaire.

Ces témoignages sont corroborés par ceux des hommes du village et notamment du CV Bertin Quenum. « Chez nous ici, on ne donne pas d’héritages aux femmes. Il se dit qu’elles vont se marier et les emportent dans leurs belles familles ou les bradent », a dénoncé le chef du village particulièrement heureux de recevoir la délégation de la KAS et WILDAF-Bénin appuyée par l’Ong locale CBDIBA.

La conférence itinérante qui crève l’abcès

acces-femmes-terre-benin-zogbodomey-kas Vue de Françoise Sossou Agbaholou face à des femmes du village de Dovogon à Zogbodomey

Plus d’une centaine à répondre présentes dans la salle de réunion de leur  village, les femmes de Dovogon ont été invitées à prendre part à une conférence itinérante de la fondation Konrad Adenauer et l’Ong partenaire WILDAF-Bénin pour la reconnaissance du droit des femmes à l’accès à la terre. Inscrite dans le projet « Un monde sans faim » mise en œuvre au Bénin par la fondation allemande depuis 04 ans, elle se tient  avec le thème de la prochaine journée internationale de la femme : « Je suis de la génération égalité : Levez-vous pour les droits des femmes ». Au cours de cette première conférence d’une série de trois dans le département du Zou du 26 au 28 février,  Françoise Sossou Agbaholou et Scholastique Olowolagba  de WILDAF-Bénin ont apporté la lumière aux femmes du village. Les deux principales intervenantes ont rappelé les dispositions légales du code des personnes et de la famille ainsi que celles du nouveau code foncier et domanial qui donnent égal droit d’accès à la terre aux femmes et aux hommes.

Héritage, achat, donation, bail… les différents modes d’accès à la terre ont été passés en revu. Les femmes de Dovogon comprennent désormais qu’elles ont droit à hériter de la terre  de leurs géniteurs au même titre que leurs frères. Aussi, leur a-t-on expliqué les procédures et organes de formalisation des transactions foncières en vigueur au Bénin.

Pour ce qui est spécifiquement des héritages fonciers, Françoise Sossou Agbaholou, présidente de WILDAF-Bénin a insisté sur la nécessité pour les femmes d’avoir recours à des organes locaux de médiation pour le règlement amiable des terres qui leurs ont été spoliées avant d’envisager une action en justice. « Nous ne sommes pas venus ici pour rebeller les femmes contre les hommes. Trouvez le moyen de laver le linge sale en famille ou auprès des autorités locales, des dignitaires », a-t-elle martelé. Plusieurs cas particuliers ont été exposés et ont obtenu des éléments d’éclairage avec promesse d’appui-conseil pour la résolution des situations dommageables dans lesquelles se trouvent des femmes.

« Merci ! Que Dieu veille sur vous pour cette conférence qui nous permet de voir clair de savoir quels sont nos droits fonciers et familiaux », a remercié Sètchéwèwa, la mère de famille en prise avec les siens sur un domaine appartenant à sa mère.  « Cette conférence me réveille, je vais pouvoir à présent, revendiquer pour mes trois filles », a déclaré dame Opportune de son côté. Les hommes du village Dovogon, en minorité dans la foule réunie ce mercredi à Zogbodomey s’estiment eux-aussi éclairés au cours de cette séance de vulgarisation du droit des femmes à l’accès à la terre qu’ils disent ignorer en raison du poids de la tradition qui leur fait la part belle.