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Bénin-Nigeria: enquête dans l’univers du trafic transfrontalier d’enfants (1/2)

Kunle Adebajo (Pour ICIR)
publié le Dec 27, 2019

Lorsque les parents béninois sont acculés à cause de la pauvreté et le nombre élevé d'enfants dont ils doivent s’occuper, ils envoient souvent ces enfants au pays voisin, le Nigéria. Adekunle Adebajo raconte l'histoire de ce qui se trouve de l'autre côté de la frontière pour les enfants de l'ancienne colonie française qui se rendent aux trafiquants dans le but de gagner un revenu supplémentaire et avoir la possibilité de s'occuper d'eux-mêmes.

trafic d'enfant benin nigeria Journal des contracts de Baba Gebu, un acteur dans le trafic des enfants

 

Deux jours seulement après l'appel téléphonique, un de ses agents a fait rentrer illégalement trois personnes originaires du pays voisin, la République du Bénin : une femme divorcée âgée de 30 ans, un garçon de 18 ans et un deuxième garçon de 15 ans. Mais Baba Gebu, comme on l'appelle affectueusement, espère en avoir plus bientôt-en espérant qu'il aura dans le lot, une fille beaucoup plus jeune à la demande du journaliste, qui se faisait passer pour un client.  Ce n’est cependant pas la meilleure période de l’année pour ce type de transaction humaine. «Les gens sont beaucoup allés à Lagos.  Si nous nous connaissions depuis, ah non, vous auriez immédiatement reçu votre demande exacte, même si vous vouliez quatre enfants », se vante-t-il.

La plupart du temps, Baba Gebu travaille dans une cimenterie populaire à Ewekoro, dans l'État d'Ogun.  Mais, lorsqu'il n'est pas à ses heures de travail hebdomadaires, il gagne de l'argent supplémentaire en livrant des victimes du trafic, en particulier des enfants, à des personnes au Nigeria qui ont besoin d'une main-d'œuvre bon marché.

À moins d’être connu du réseau de trafiquants, il peut être un peu difficile de trouver un enfant. C’est une activité clandestine illicite et, pour suffisamment gagner la confiance des acteurs de cette activité, vous aurez besoin non seulement d’une histoire convaincante de la raison pour laquelle vous voulez un enfant, mais également comment vous avez obtenu les coordonnées du revendeur.

«Qui vous a donné mon numéro?  Vous êtes de quelle ville? »Sont quelques-unes des questions posées par Iya Eleko, une autre trafiquante populaire qui habite à Rounder, Abeokuta.  "C’est difficile de négocier car je ne vous connais pas", a-t-elle expliqué lors d’une deuxième conversation téléphonique.  «Je ne sais pas où vous êtes;  et je donne des enfants aux gens que je connais »

Le trafic des enfants qui proviennent du Bénin, du Togo, du Ghana et de d'autres pays d'Afrique de l'Ouest est une pratique qui remonte à plusieurs décennies.  La personne à qui un enfant est livré n’a aucune obligation de l’inscrire à l’école et est libre de l'utiliser à sa guise: aide-ménagère, ouvrier d’usine, colporteur de rues - tout ce qu'ils pensent est égal à la valeur de l'argent payé en échange de l’obtention des enfants.  Le trafiquant reçoit son paiement  d’environ 10 000 nairas sur place, tandis que le responsable de l’enfant, son tuteur ou le trafiquant lui-même est payé périodiquement.

En 2005, à Cotonou, les gouvernements de la République du Bénin et de la République Fédérale du Nigéria ont signé un "accord de coopération visant à prévenir, réprimer et punir le trafic des personnes, plus précisément le trafic des femmes et des enfants".  L'accord prévoit notamment un front commun visant à réprimer le trafic des personnes, avec notamment une équipe de surveillance de sécurité commune chargée de patrouiller les frontières.  Mais 14 ans plus tard, le trafic des personnes persiste encore.

Au fur et à mesure dans les négociations, Baba Gebu dit qu'il amènera le garçon âgé de 15 ans la semaine suivante si les tentatives pour obtenir une fille jeune échouent. «Nous allons nous arranger pour vous amener le garçon à Oshodi le lundi.  Peu importe le montant que ses parents demandent, je vous le ferai savoir », a-t-il assuré. Ce montant dépend de l'âge de l'enfant. «Si le patron dit que c'est ce qu'il veut payer, tout le monde va négocier, donc personne ne court à la perte.  Si c’est 10 000 nairas (par mois), ce n’est pas mal;  et si c’est 8 000 nairas, ce n’est pas mal aussi. »

Quand on lui demande s'il peut amener des enfants à une carrière dans l'État de Nasarawa, l'homme dans sa cinquantaine répond qu'il le peut, mais il faut patienter jusqu'en janvier, car de nombreux enfants qui voyagent d'un pays à l'autre ont repris le travail et ne reviendront pas au Bénin jusqu’en décembre. «À ce moment-là, si vous avez besoin de beaucoup d’enfants, ils seront disponibles. Ce sont nos enfants, il n'y a pas de problème.»

Introuvable

Il n’y a guère de traces écrites pour aucun aspect de l’activité de trafic.  Les enfants béninois sont fréquemment amenés au Nigéria, le plus souvent sans contrôle.  Un parent amenant sa fille à Baba Gebu a promis d'arriver avec elle un dimanche.  «Le dimanche, il n'y a normalement pas des officiers d'immigration sur la route, donc la route devrait être libre», explique-t-il.

Les frontières entre les deux pays sont extrêmement poreuses, avec ou sans points de contrôle de la police, et les citoyens de tous les pays y sont facilement admis.  Il est donc impossible de disposer de statistiques précises sur le nombre d'immigrants étrangers dans le pays, le nombre d’enfants et d'où ils proviennent.

Ce journaliste a traversé la frontière d'Ilgar, dans l'État d'Ogun, pour se rendre à Bohicon (République du Bénin) le jeudi 8 août 2019 et est rentré au Nigéria le Samedi 10 août. Il a réussi à faire l’aller-retour sans un passeport international.  Malgré la présence de nombreux points de contrôle de sécurité à presque chaque kilomètre de cette route, il n'a été interrogé nulle part sur la route.

Tout ce que les chauffeurs de taxi qui transportent des produits de contrebande et des immigrants clandestins devaient faire était de donner des pots de vin de 200 nairas aux agents du service d'immigration et du service des douanes du Nigeria aux points de contrôle.  Les passeports de voyage n'étaient pas demandés, encore moins vérifiés ou tamponnés.

Mais ce ne sont pas seulement les mouvements inter-frontaliers qui sont difficiles à suivre; la transaction entre le trafiquant et l'acheteur se fait également sans trop de difficultés.  Pour prouver qu'il a déjà livré des enfants à Lagos Island, Baba Gebu se souvient d'une transaction qu'il a faite dans le passé et admet qu'il n'a pas encore visité le domicile où l'enfant travaille.  «Mais l'enfant va bien», ajoute-t-il rapidement, suggérant qu'ils communiquent parfois au téléphone.

En se présentant en tant que professionnel, il se vante d’un «contrat» à signer. Il contiendra des informations telles que le moment, où l'enfant commence à travailler, le montant à payer mensuellement et les coordonnées des deux parties.

Cependant, à la demande d'un modèle du contrat trois jours plus tard, lors d'une deuxième réunion, il apporte un petit journal noir et obsolète.  Les pages sont devenues brunes à cause des contacts répétés avec l'eau.  Les accords sont parfois écrits en une ou deux phrases, et parfois en cinq ou six, principalement en langue yoruba.  Il n’existe aucune quantité standard d’informations requises, ni l'ordre dans lequel les informations sont organisées.

La langue écrite montre que la plupart des écritures appartiennent à d'autres personnes, qui se réfèrent à «Baba Gebu» à la troisième personne. Il y a généralement une date, le montant payé et le nom de «l'acheteur»;  mais d'autres détails sont rares, voire inexistants: nom complet et l'âge de l'enfant, l'adresse complète et les coordonnées de «l'acheteur» et des signatures.

Les «acheteurs» sont généralement adressés à des surnoms tels que Mama Kampala et Iya Ibeji, sans donner leurs noms exacts et les enfants ne sont identifiés que par leurs prénoms.

Un bon nombre de transactions ont eu lieu en 2019. L'une d’entre elles daté du 14 Mai dit: «Baba Gabriel a amené Bose chez moi à Ayetoro. J'ai payé les frais de transport de 10 000 nairas.  Le paiement mensuel est de 20.000 nairas.  08023066 ***. ”L’une des déclarations datée du 28 juillet était celle d’un jeune garçon de 10 ans appelé Bola, pour laquelle 10 000 nairas ont également été versés.  «J'ai payé le prix de cinq mois à Baba Gebu qui a amené Sunday chez moi», puis un autre écrit par un certain Olakunle, qui a payé 35 000 nairas.

«C’est ma copie», note Baba Gebu alors qu’il est assis sur un tapis juste devant sa maison non peint. «Comme ils ont écrit cela, ils ont aussi une copie avec eux.»

Secourue

L’utilisation des enfants en tant que des manœuvres dans les carrières situées à Abeokuta, dans l’État d’Ogun, a fait l’objet d’une attention sans précédent en 2003. Le gouvernement a réprimé les immigrants clandestins et en a expulsé un grand nombre.  Des organisations non gouvernementales ont ensuite effectué des visites pour voir comment elles pourraient aider les enfants le plus possible. L’une de ces organisations  est Terres des Hommes, une organisation humanitaire internationale de défense des droits des enfants.

Malgré la volonté de l’ONG d’aider, le poids de ce problème était trop lourd pour être porté par elle seule.L’organisation s'est donc associée à un autre organisme, Union des Béninois au Nigéria (UBEN). Ce partenariat a conduit à la création d'une branche autonome de l’Union pour l'État d'Ogun, distincte de celle de Lagos.

trafic d'enfants benin nigeria Des dirigeants de l'Union des Béninois du Nigeria

Avec l’ONG internationale qui fournit des fonds et l’association locale qui fournit la main-d’œuvre et l’expérience, ils ont récupéré les enfants et en ont inscrit plusieurs à l’école. Aussi l’ONG a formé certains de ces enfants, en vue de les doter de diverses compétences professionnelles. L’ONG a également octroyé des financements pour que certains de ces enfants puissent créer leurs propres business et a conduit divers exercices d’orientation dans les communautés béninoises où les problèmes se posent.  Terres des Hommes a également acheté des motos pour l'association avec laquelle ses membres parcourent les forêts, les terres agricoles et les carrières pour récupérer les enfants mineurs, victimes de travail forcé. Victorin Adekoute, président de la section UBEN dans l'état d'Ogun depuis 2013, a déclaré que le trafic d'enfants entre les deux pays existait depuis longtemps, mais que les Béninois ont commencé à comprendre ses implications juridiques en 2003. Avant cela, c'était la norme - considérée comme un autre moyen de gagner sa vie.

Leur mentalité, a-t-il déclaré à l’ICIR, était la suivante: «Comme  j’ai donné naissance à de nombreux enfants et que nous avons faim, laissez-les aller travailler pour que les autres puissent manger».

Les efforts d’UBEN ont en partie abouti à une quasi-éradication du travail des enfants dans les carrières d’Abeokuta.  Là où les très jeunes Béninois se trouvent maintenant sont les marchés et les rues.  Leurs efforts ont en partie conduit les trafiquants à limiter leur commerce aux enfants âgés de plus de 14 ans.  Leur intervention, réalisée en collaboration avec la police et les services d'immigration du Nigéria, a également conduit à l'arrestation et à l'emprisonnement de certaines personnes reconnues coupables du trafic.

Mais ce partenariat formidable entre UBEN et Terres des Hommes n’a duré que six ans.  Bien que de nombreuses familles continuent à chercher de l'aide, UBEN n'a plus aucune source de financement pour ses activités.  Les membres ont dû se donner pour tâche de continuer à aider les enfants en détresse, en leur donnant une éducation et en les dotant de compétences. L’Union gère une école française à Abeokuta appelée Ecole Primaire Communautaire Ogbondara et coordonne également des programmes informels d'acquisition de compétences pour les enfants retirés du trafic.

Nadesh, 15 ans, originaire de Zakpota, est l'un des nombreux jeunes Béninois actuellement sous la supervision d'UBEN; mais ce n’est pas encore tout à fait prometteur.  Au cours de la semaine, elle suit des cours de couture et le week-end, elle colporte dans les rues pour sa tante afin de gagner l'argent pour envoyer à la maison et payer ses frais d'apprentissage.

En raison du manque de soins à domicile, elle a déménagé au Nigéria en 2016 avec sa tante, qui l'a ensuite confiée à une famille d'Olomore, Abeokuta.  Mais son service de servante domestique n'a duré que six mois en raison de défauts de paiement.

Bien que Nadesh ait constaté qu'il était répandu dans son quartier que les servants domestiques soient battus, affamés et surchargés de travail, elle dit que son patron était gentil avec elle.

Julianne a aussi été envoyé au Nigeria par ses parents à l'âge de huit ans lorsqu'elle était au CM2.  Elle a travaillé pendant six ans, entre 2012 et juillet 2018, chez sa patronne et pour son entreprise de restauration.

Sa vie de servitude a commencé avec la maladie de sa petite sœur.  Ses parents ne pouvaient plus payer la facture de l'hôpital et avaient besoin d'argent. Deux ans plus tard sa sœur s'est rétablie, mais cela ne les a pas obligés à mettre fin au contrat.

«Comme l'endroit était convenable, je l'ai aussi aimé», admet-elle, bien qu'elle se plaint également du fait qu'ils étaient généralement surchargés de travail.

Osoba Olapeju, directrice national de Terres des Hommes, a déclaré à ce journaliste, qu'en travaillant avec UBEN, qu’elle avait constaté que les mouvements d’enfants entre la République du Bénin et le Nigéria ne résultaient pas seulement du trafic des enfants.  Une tradition ancienne du peuple Fon, connue sous le nom de «djoko » incite également les garçons et les jeunes hommes à migrer temporairement vers les grandes zones agricoles pour gagner leur vie.

«Donc, pour eux, cela n’a pas commencé comme une activité criminelle.  Les gens ont déménagé principalement pour des raisons économiques et sociales », explique-t-elle.

«Nous avons découvert que, au lieu de dire tout est dû au trafic, il fallait examiner les facteurs sociaux du mouvement. Nous avons eu des enfants qui sont venus au Nigéria pour faire un travail de vacances. Nous avons eu des enfants qui sont venus au Nigeria et qui avaient suivi une formation professionnelle, la couture, etc., et ils avaient besoin d'argent pour s'établir.»

Olapeju dit que la cause majeure du problème est la pauvreté.  Mais c'est plus que cela.  Ils ont également découvert que certains enfants voyageaient pour le plaisir de l’aventure, que certains étaient forcés de quitter leurs communautés à cause de l’insécurité qui s’y trouve et que d’autres étaient à la recherche de possibilités de développement.

Cette compréhension plus large du problème a éclairé le projet actuellement en cours de ONG internationale, financé par l’Union européenne, qui portait sur le mouvement des enfants migrants en général, et non seulement des victimes du trafic, sur l’itinéraire Abidjan-Lagos.

Abusée

Sedoni n’a pas eu beaucoup de chance comme Nadesh et Julianne, qui avaient des patrons de cœur très généreux. Le père de cet enfant agé de 10ans est d'origine Fon' et sa mère d'origine Yoruba. Les deux sont divorcés et son éducation a été supportée jusqu'au CM1.  N'ayant plus les moyens de payer les frais scolaire, le père de Sedoni l'a emmenée à l'insu de sa mère au Nigéria en 2018 pour qu’elle travaille comme servante. Mais, à cause du mauvais traitement, Sedoni n'a passé qu'un mois à son lieu d'affectation : un magasin de livres et d'articles de papeterie à Abeokuta, réputé pour son utilisation abusive du travail des enfants et mauvais traitements des travailleurs.

Elle a travaillé comme vendeuse avec une autre fille, encore plus jeune qu'elle.  Après le travail, elles rentraient pour cuisiner, chercher de l'eau, laver les toilettes et les voitures, puis se réveiller le lendemain pour répéter la même routine fatigante.

«Je me suis enfuie parce qu’ils ne prenaient pas soin de moi et ils ne me permettaient pas de manger à l'heure, a-t-elle confié à ICIR. Nous allons au travail le matin;  et puis c'est à midi qu'ils nous donnent juste 50 nairas pour payer à manger.»

Avec 50 nairas, elles ne pouvaient acheter que du gari et de l'arachide.  La deuxième et dernière fois qu'elles mangent dans la journée, est dans la nuit quand elles reçoivent le reste de ce que la famille a mangé. S'il ne reste plus rien, on leur demande simplement de boire à nouveau du gari, cette fois avec du sucre.

Les jeunes filles n'étaient pas autorisées de dormir avant que toutes les tâches soient terminées, même si cela impliquait rester debout jusqu'à 1 heure du matin.  À 6 heures du matin, elles étaient de nouveau en éveil pour commencer les travaux de la journée. Mais une alimentation inadéquate, déséquilibrée et le surcharge de travaux n’étaient pas la fin des problèmes de Sedoni et de son amie.  Si elles s'arrêtaient trop longtemps afin de reprendre leur souffle, elles risquaient d'être agressées physiquement.

«Ils nous battaient si nous ne travaillions pas à l’heure », raconte-t-elle.  «Si nous travaillions aussi et qu'ils remarquaient que nous étions lents, ils nous battaient.  Le mari et la femme. » Elle a encore de nombreuses cicatrices sur les bras et les jambes, provenant de la courroie utilisée pour les fouetter, qui lui rappellent constamment cette expérience désagréable.

Un mois exactement après son arrivée, Sedoni ramassa quelques-unes de ses affaires et s'enfuit pour ne plus jamais regarder en arrière. Elle a été encouragée par son amie qui avait fait la même chose quelques semaines plus tôt et n’avait passé que deux semaines avec la famille. Elle a donné le numéro de téléphone de sa mère à un motocycliste professionnel qui l’a finalement remise à UBEN.

Les agressions subies par de jeunes aides ménagères originaires de la République du Bénin ne sont pas seulement de nature physique, comme le montre l’expérience de Sedoni. Adekoute affirme que son syndicat a également reçu de nombreuses informations faisant état d'agressions sexuelles sur des enfants.

De même, certains enfants ont été secourus dans des terres agricoles isolées dans différentes régions du pays, notamment à Sagamu, dans l'État d'Ogun, et à Ajebandele, dans l'État d'Ondo, où ils sont exploités.  Selon le patron d'UBEN, il est impossible d'estimer le nombre d'enfants utilisés dans ces exploitations, où ils plantent du maïs, de la banane plantain, du cacao, du manioc, entre autres cultures.

«Il peut arriver de rencontrer un enfant dans une ferme et de nombreux adultes.  Nous ne pouvons pas dire exactement que c'est donc ça », dit-il.

«Si des locaux ne vous accompagnent pas, vous ne pouvez rien y voir. Comme ceux qui exercent cette pratique sont très éloignés et on ne connaît pas les endroits.  Nous travaillons avec des informations qui nous parviennent. Par exemple, si un enfant s'enfuit d'un tel endroit, nous le soutenons. »

Fondée en 2003, le National Agency for the Prohibition of Trafficking in persons, NAPTIP « l'Agence nationale pour l'interdiction du trafic des personnes », a pour tâche d'aider des enfants comme Sedoni. L'agence fournit un abri aux victimes secourues et les soutient également dans leurs études et leurs formations professionnelles.

L'agence a refusé de coopérer avec l'ICIR dans cette enquête.  Elle n'a ni accusé réception ni répondu à une lettre adressée à son directeur général en mars, dans laquelle l'ICIR a demandé une réunion avec le président de la NAPTIP afin de délibérer sur les moyens de collaboration dans les enquêtes sur le trafic.

Les rédacteurs de journaux ont exploré des pistes informelles et ont réussi à rencontrer d’autres responsables de l’agence, mais tout cela n’a abouti à rien. Même nos rédacteurs ont offert de partager nos découvertes avec l’agence afin de lui permettre de procéder à des arrestations.  Une fois l'enquête terminée, NAPTIP n'a non plus répondu aux demandes de réaction à nos découvertes. Les appels passés à Stella Nezan, la responsable de relations publiques et de l'information au sein de la NAPTIP, n'ont pas reçu de réponse. Elle n'a non plus répondu aux messages et courriers électroniques envoyés sur son téléphone et son adresse électronique. Nous n’avons pas encore reçu l’accusé de réception à une lettre d’enquête déposée en septembre sur demande par NAPTIP à son siège  à Abuja.

Surchargé

Les enfants pris en charge par UBEN, âgés de 8 à 15 ans, espèrent un meilleur avenir. Mais ils n'attendent ni le gouvernement, ni leurs familles et ne s'attendent pas à être nourris à la cuillère. Chacun d'entre eux est en apprentissage dans un atelier ou l'autre, ils sont formés pour devenir tailleur, mécanicien automobile, ouvrier en aluminium, etc.  Ils aspirent au jour où ils vont créer leur propre entreprise et peut-être gagner suffisamment d’argent pour pouvoir s'assumer eux-mêmes leurs scolarités. Néanmoins, ils ne peuvent toutefois pas le faire eux-mêmes.

Lorsqu'on demande à tous les enfants leurs besoins urgents, ils ont toujours deux choses en tête de liste: les frais d’apprentissage et les outils nécessaires pour démarrer leurs entreprises. Les frais d’apprentissage correspondent au montant traditionnellement versé au professionnel chez qui, les enfants apprennent avant de pouvoir obtenir leurs diplômes.  Il s’agit d’un paiement unique qui varie de 80 000 nairas pour les mécaniciens à 100 000 nairas pour les tailleurs.

Et UBEN n’est plus aussi capable financièrement qu’avant, quand il y avait un soutien externe.  Pourtant, l’Union continue de porter le fardeau presque tout seul, en donnant la priorité aux enfants orphelins.

«Le service d'immigration n’a aucune aide qu’ils peuvent donner aux enfants, sauf pour les expulser. Et Abeokuta, par exemple, ne possède aucun centre de réadaptation gouvernementale pour les enfants. Cela n'existe pas. Ils nous les amènent toujours. Ce que nous avons est financé et géré par des individus particuliers », explique Hounmenoun Jean, vice-président d'UBEN à l'État d'Ogun.

Adekoute affirme que le besoin principal de l'association est d'aider ces enfants en leur donnant un abri et la sécurité.  Ils pensent également que c’est une bonne idée de disposer d’un approvisionnement constant en revenus générés en interne, afin qu’ils ne soient pas obligés de compter sur le gouvernement, ni sur les ONG.

«Lorsque Terres des Hommes était ici, ils ont pris en charge ces responsabilités pour nous.  Mais après leur départ, le fardeau est devenu trop lourd », ajoute-t-il.

Pour Osoba, toute ONG ou agence gouvernementale intéressée par la protection des enfants migrants ne peut se passer d'acteurs et de leaders de la communauté.

«Les acteurs institutionnels ne peuvent à eux seuls protéger les enfants», a-t-elle déclaré. «Nous devons intégrer le soutien de la communauté. Nous devons permettre aux communautés de s'approprier l'action et de ne pas nécessairement apporter nos propres idées mais de s'asseoir avec elles pour comprendre pourquoi et comment ces choses fonctionnent. »

Elle exhorte également le gouvernement du Nigéria à mettre en œuvre les engagements qu’il a pris dans le cadre des trafics internationaux relatifs à la migration, en particulier, les cinq domaines prioritaires énoncés dans le Cadre stratégique de la CEDEAO pour la protection des enfants.

Note de la Rédaction: Cette enquête est soutenue par l'Institute of War and Peace Reporting et l'International Center for Investigative Reporting, ICIR. Sa version initiale est en anglais et disponible sur le site d’ICIR. A lire en cliquant ici.